Québec autorise la demande de la Ville de Mont-Tremblant d’abolir son corps de police, et ce « dès maintenant ». La Sûreté du Québec desservira désormais la municipalité des Laurentides, mais déjà, des associations affirment qu’elles entameront des procédures judiciaires contre le gouvernement Legault.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

« Comme beaucoup de municipalités de moins de 50 000 habitants, la Ville de Mont-Tremblant a fait le choix d’être desservie par la Sûreté du Québec. Cette autorisation est accordée à la suite d’un processus rigoureux et légalement encadré dont chacune des étapes a été respectée », a indiqué Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique, dans un communiqué de presse publié mardi.

La Sûreté du Québec, l’Union des municipalités du Québec (UMQ), la Fédération québécoise des municipalités et l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ) étaient en faveur de la démarche. « Nous verrons à tout mettre en place pour assurer une intégration harmonieuse. Nous estimons que cette intégration contribuera à uniformiser la desserte policière pour la MRC des Laurentides », a réagi le président de l’APPQ, Dominic Ricard.

Le président de la FQM, Jacques Demers, a quant à lui avancé que « la municipalité est la mieux placée pour décider des services nécessaires pour assurer la protection de ses citoyens ». « Le processus de consultation de la population a été fait de façon rigoureuse. Nous félicitons le maire et les membres du conseil pour le succès de leur démarche », a-t-il dit.

Jusqu’ici, la police de Mont-Tremblant desservait deux territoires, soit celui de la Ville de Mont-Tremblant, qui compte un peu plus de 10 000 habitants, ainsi que la petite municipalité de Lac-Tremblant-Nord. Au Québec, la loi prévoit qu’une ville comptant moins de 50 000 résidents qui ne fait pas partie d’une région métropolitaine peut demander à abolir son corps de police, à condition de fournir « le rapport des consultations publiques qu’elle a tenues ».

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Jusqu’ici, la police de Mont-Tremblant desservait deux territoires, soit celui de la Ville de Mont-Tremblant, qui compte un peu plus de 10 000 habitants, ainsi que la petite municipalité de Lac-Tremblant-Nord.

Une décision « antidémocratique »

La Fédération des policiers et policières municipaux du Québec (FPMQ) et la Fraternité des policiers de la ville de Mont-Tremblant (FPMTT) digèrent toutefois bien mal l’annonce du gouvernement. Les deux groupes ont d’ailleurs l’intention d’entamer des procédures juridiques pour « faire invalider la décision la ministre de la Sécurité publique ». Se disant « lésés », des résidents de Mont-Tremblant comptent aussi talonner Québec devant la Cour.

« Je ne comprends pas du tout la décision de la ministre, alors qu’elle nous avait assurées qu’elle ne prendrait pas de décision dans le dossier pour le moment. Elle nous envoie le message que tout le dossier du livre vert et le rapport du CCRP [Comité consultatif sur la réalité policière] qu’elle a elle-même créé ne serviront pas à améliorer la couverture policière », a fustigé le président de la FPMQ, François Lemay.

M. Lemay déplore que Québec s’était pourtant engagé à ne pas prendre de décision à la pièce sur la carte policière. « Nous doutons de la parole de ce gouvernement. Est-ce que le premier ministre va vraiment laisser ça aller ? », insiste-t-il.

Même son de cloche du côté de la FPMTT, dont le président Serge-Alexandre Bouchard s’est dit « sidéré » par la décision des autorités. « Pour un gouvernement qui se vantait d’être à l’écoute de la population lors de son entrée au pouvoir, on voit que c’était des paroles en l’air », a-t-il déploré. M. Bouchard affirme qu’une majorité de la population « veut garder son corps policier municipal parce que la qualité du service diminuera » en centralisant le tout au sein de la Sûreté du Québec.

« Je ne compte plus les fois que la SQ nous a demandé un coup de main parce qu’ils n’ont pas assez d’effectifs dans la région. Que vont-ils faire sans le corps policier municipal qui les dépannait ? C’est désolant », a-t-il renchéri.

Un maire « très soulagé »

Appelé à réagir, le maire de Mont-Tremblant, Luc Brisebois, s’est quant à lui dit « très soulagé » de pouvoir enfin « tourner la page sur le climat d’incertitude occasionné par l’attente de cette décision ministérielle ». « Nous tenons à remercier la ministre qui, par cette autorisation, a reconnu la validité de notre démarche. Nous pouvons maintenant aller de l’avant », a-t-il insisté.

Le conseil de l’agglomération de Mont-Tremblant a indiqué dans un communiqué que « cette nouvelle desserte policière constitue la meilleure option pour assurer la sécurité de la population et offrir un meilleur service à moindre coût », rappelant que le transfert augmentera les effectifs policiers au poste de Mont-Tremblant, en plus de générer des économies de deux millions par année.

Aucun emploi ne sera perdu dans le processus, a-t-on assuré. « La dernière année n’a pas été facile, mais c’est une décision qui était importante pour nos communautés. Dorénavant, nous pourrons mettre nos efforts sur les autres défis qui nous attendent », a souligné la mairesse de Lac-Tremblant-Nord, Kim Meyer.