Le traversier F.-A.-Gauthier est de nouveau à l'arrêt et sera en réparation pour une durée « indéterminée », en raison d’une fuite d’huile dans le navire qui a forcé vendredi l’interruption du service reliant Matane, Baie-Comeau et Godbout, sur la Côte-Nord. Les trajets demeureront interrompus jusqu’à au moins lundi.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On a commencé à faire des inspections aujourd’hui pour déterminer d’où provenait la fuite. Le temps de réparation n’a pas encore été identifié. Nous investiguons toujours la cause exacte », a indiqué en fin de journée le porte-parole de la Société des traversiers du Québec (STQ), Alexandre Lavoie.

Celui-ci ajoute que des plongeurs iront bientôt « faire des vérifications sous le bateau pour nous aider à résoudre le problème ». Vendredi, plusieurs médias ont rapporté que la fuite pourrait provenir des propulseurs situés à l’intérieur du bateau.

Entre-temps, c’est le NM Saaremaa – un « navire de relève » acheté par la STQ en 2019 pour appuyer le F. -A.-Gauthier en cas d’urgence –, qui sera chargé de rétablir le service aussitôt que possible.

Il partira samedi matin de Trois-Rivières en direction de Matane. « Après le transit depuis Trois-Rivières de près de 20 heures, une période de préparation sera nécessaire », avoue toutefois la société. La reprise du service devrait donc se faire « au plus tôt ce lundi ». Jusqu’ici, on ignore si des dégâts ont été observés à l’intérieur du traversier. « L’énergie, on la met d’abord à reprendre le service le plus tôt possible », ajoute Alexandre Lavoie à ce sujet, sans vouloir s’avancer davantage.

Plusieurs précédents, et un rapport de la VG

Ce n’est pas le premier incident à survenir avec le F.-A.-Gauthier, qui est connu pour ses nombreux problèmes depuis son entrée en fonction en 2015. En date du 31 mars, le navire avait coûté au moins 235,7 millions aux contribuables pour son achat et les frais engendrés par sa mise hors service. C’est un bris des propulseurs, en décembre 2018, qui avait été le point de départ dans cette affaire.

En octobre, le navire était parti à la dérive après une opération de remorquage qui a mal tourné dans le port de Trois-Rivières. L’opération n’avait finalement pas causé de « dommages structurels ».

Après l’incident, la STQ avait déploré que des « rumeurs » infondées et déplacées circulaient sur les réseaux sociaux. Plusieurs internautes ont en effet attaqué la gestion du traversier, qui n’en est pas à son premier incident, qualifiant celui-ci de « gros citron », de « désastre » ou encore de « catastrophe ». Certains membres du personnel auraient même été écorchés en ligne.

Fin octobre, la vérificatrice générale (VG) Guylaine Leclerc concluait dans un rapport accablant que la STQ « n’avait pas toutes les compétences » pour mener à bien le projet de construction du F.-A.-Gauthier. En plus du processus d’appel d’offres qui n’était pas collé aux pratiques de l’industrie, les mesures pour maintenir le service en cas d’interruption ont été « insuffisantes », a jugé Mme Leclerc.

« C’est un fiasco […] total de la conception, à la surveillance jusqu’à la livraison du bateau », a martelé le ministre des Transports, François Bonnardel, peu après le dévoilement du rapport. L’élu affirme a dit prendre acte de ce « rapport dévastateur », parlant même d’un « processus vicié » du début à la fin. Le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) s’étaient dits très inquiets, mais le Parti libéral n’a pas réagi.