(Québec) Le gouvernement Legault exige des modifications au projet de tramway à Québec pour améliorer les dessertes vers les banlieues. Afin d’aller de l’avant avec la construction d’un réseau structurant de transports en commun dans la capitale, Québec propose entre autres de revoir le tracé.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a pris acte mardi d’un « rapport critique » rendu lundi par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet de tramway à Québec. À l’heure actuelle, a-t-il dit, « le gouvernement ne donnera pas son aval à ce projet, tel que déposé, s’il n’y a pas d’améliorations et de bonifications pour les dessertes pour les banlieues ».

« On ne jette pas le bébé avec l’eau du bain. Je ne repousse pas ce projet aux calendes grecques. Ce projet doit se faire », a toutefois affirmé le ministre.

« Je veux réitérer que la Ville de Québec a besoin d’un réseau structurant pour sa ville [et] pour rentrer dans l’ère moderne », a ajouté le ministre. M. Bonnardel espère rencontrer prochainement le maire de Québec, Régis Labeaume, pour lui proposer des modifications au projet. Le maire a indiqué mardi qu’il réagirait à cette position du gouvernement au cours des prochains jours.

Un nouveau tracé ?

Pour le ministre des Transports, il ne fait aucun doute que « le tracé [du tramway] sera assurément discuté et revu », a-t-il dit. Le premier ministre François Legault a également affirmé qu’il n’exclut pas de réduire la longueur du tracé, là où l’achalandage serait moindre.

Questionné s’il était prêt à bonifier l’enveloppe accordée au projet, afin de mieux desservir les banlieues avec des autobus les reliant au tramway, M. Bonnardel a d’abord affirmé qu’il lui fallait du temps pour analyser le tout.

« C’est prématuré de vous dire de quelle façon je souhaite modifier, améliorer ce projet. Laissez-moi faire le travail dans les prochaines semaines, dans les prochains jours, et par la suite, on pourra évaluer la situation », a-t-il affirmé.

À ce jour, le gouvernement Legault s’est engagé à financer 1,8 milliard du projet de réseau structurant de transports en commun à Québec. Ottawa a de son côté promis 1,2 milliard. « Je suis persuadé qu’on peut offrir aux Québécois, aux gens de Québec, un bon projet pour 3,3 milliards », a précisé le ministre des Transports, alors qu’on lui demandait si l’enveloppe prévue au projet était « immuable ». Le premier ministre a également affirmé que la Ville de Québec devait respecter le budget initialement accordé.

Chose certaine, le gouvernement Legault affirme désormais sans ambiguïté qu’un tramway est bel et bien le mode de transport qu’il faut pour Québec.

« Avant toute chose, on a besoin d’une colonne vertébrale forte. Quand je parle de colonne vertébrale, c’est le choix [du] modèle lourd qu’est le tramway qui est pour moi le plus adéquat aujourd’hui », a dit François Bonnardel.

« C’est l’heure d’aller de l’avant »

Les partis de l’opposition ont pour leur part unanimement réclamé mardi que Québec aille de l’avant avec le projet de tramway dans la capitale. « Pour que le projet voie le jour, il faut une réelle volonté politique », a déclaré la cheffe libérale Dominique Anglade, qui ne s’est pas prononcée sur une bonification éventuelle de l’enveloppe destinée à la construction du réseau structurant de transports en commun.

« C’est l’heure d’aller de l’avant avec le projet », a-t-elle martelé, précisant que les améliorations exigées par le gouvernement ne doivent pas retarder la mise en chantier du projet.

« Le tramway doit atterrir, point final. Et ça doit être fait à court terme », a pour sa part affirmé le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon.

« Si on regarde l’empressement avec lequel la CAQ dépense des milliards pour ajouter des couches d’autoroutes, si [les transports en commun] étaient une priorité pour la CAQ, cet argent-là serait disponible » pour bonifier le projet, a-t-il ajouté.

« Retarder le projet, ça, ce n’est pas acceptable », a également dit la cheffe de Québec solidaire, Manon Massé.

« Le projet, si on veut qu’il desserve les banlieues, il va falloir qu’on mette plus d’argent », a-t-elle affirmé.

Un rapport critique

Lundi, le BAPE a rendu public un rapport défavorable sur le projet de tramway à Québec. Dans le document de plus de 400 pages, l’organisme recommande que « le projet ne soit pas autorisé » dans sa mouture actuelle, ce qui a fait dire au maire Régis Labeaume que « c’est un très mauvais rapport [et] une honte ».

« Ça fait 40 ans à Québec qu’on travaille sur des projets de transport collectif. Et ce qu’on est en train de nous dire, c’est qu’il faut recommencer et repenser à nos affaires ? », a demandé le maire de Québec en colère. M. Labeaume a indiqué son intention de poursuivre le chantier du tramway tel quil est, alors que la Ville a déjà dépensé 100 millions dans le projet.

Le BAPE a aussi déploré que la Ville n’ait pas évalué d’autres modes de transport plutôt que le tramway, comme un métro, un monorail ou un service rapide par bus (SRB). Les commissaires de l’organisme ont également noté que le projet de tramway « n’améliorerait pas significativement la mobilité des personnes dans les banlieues ».

Le BAPE a toutefois souligné dans son rapport que « la mise en place d’un réseau de transport collectif efficace et structurant est devenue essentielle » pour la capitale nationale, qui demeure à ce jour une « ville automobile ».

« Jusqu’en 2016, Québec était la région comptant le plus de kilomètres d’autoroutes par habitant au Canada », a noté l’organisme.

Le chef de l’opposition officielle à la Ville de Québec, Jean-François Gosselin, attend pour sa part l’annonce des détails du projet de troisième lien routier entre la capitale et Lévis avant d’annoncer son propre projet de transport collectif. Il a qualifié lundi le rapport du BAPE du « plus grand échec politique de Régis Labeaume ».

Dans une déclaration commune publiée mardi, deux organismes qui ont participé aux audiences du BAPE, l’été dernier, ont dénoncé un rapport qu’ils estiment « décalé ». Accès transports viables et Trajectoire Québec condamnent entre autres que le BAPE laisse « sous-entendre » que le mode de transport est l’enjeu le plus abordé. Or, selon leurs chiffres, à peine 8 % des mémoires remettent en question le choix du tramway comme étant la meilleure option envisageable.

-Avec Henri Ouellette-Vézina et Gabriel Béland