Asbestos, ce n’est pas fini, tant que ce n’est pas fini. Les opposants au changement de nom ont assemblé une imposante pétition pour demander que soit tenu un référendum sur l’idée même de renommer la municipalité.

Michel Saba, Initiative de journalisme local
La Presse Canadienne

L’initiateur de la démarche, Jeff Therrien, et deux autres résidants de la petite municipalité de l’Estrie affirment avoir amassé pas moins de 547 signatures d’Asbestriens âgés de 18 ans et plus à force d’intercepter les citoyens à leur sortie du « vote à l’auto » la semaine dernière.

Les conseillers municipaux et le maire ont décidé à huis clos que la ville changerait de nom, a dénoncé M. Therrien en entrevue avec La Presse Canadienne. « Ils ont donné une illusion de pouvoir aux citoyens en leur offrant de choisir le nouveau nom, mais au préalable ils ne leur ont pas demandé s’ils étaient d’accord avec le changement de nom », a-t-il dit.

Le maire Hugues Grimard a annoncé lundi que les électeurs ont choisi de renommer leur ville Val-des-Sources après trois tours d’un vote préférentiel auquel ont participé 2796 résidants âgés de 14 ans et propriétaires, soit presque un électeur sur deux.

M. Therrien a fait remarquer que le nom Asbestos ne faisait pas partie des choix de noms et que les Asbestriens n’ont pas eu l’occasion de se prononcer lors d’un vote pour déterminer s’ils voulaient ou pas d’un changement de nom.

Le jeune homme dans la trentaine entend bien continuer de collecter les signatures au cours des prochaines semaines avant de transmettre la pétition à la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation. C’est elle qui devra ultimement trancher sur la question.

Questionnée mercredi à savoir quelle proportion de la population devrait signer la pétition pour qu’elle mettre le holà au changement de nom, la ministre Andrée Laforest n’avait toujours pas répondu à la question au moment de publier.

M. Therrien estime que les résidents d’Asbestos devraient conserver le nom d’origine de leur municipalité pour en préserver « les origines, la fierté » et éviter « d’occulter » son histoire. Il souligne que de toute manière, « les gens vont continuer d’appeler ça Asbestos pendant des décennies ».

De son propre aveu, la pétition ne fait pas que des heureux. Il dit avoir reçu de nombreux reproches, notamment qu’il n’est pas natif de la ville ou encore qu’il s’accroche au passé.

Le maire se défend

« Il n’y aura jamais de décision unanime. Il faut gouverner pour la majorité », a répliqué le maire en entrevue en notant que la loi exige simplement que le conseil municipal adopte une résolution.

Non seulement tous les élus sont « convaincus » de prendre la meilleure décision pour l’avenir de la communauté, mais en plus, dès la soirée d’information publique organisée en début d’année, « je sentais vraiment que la population était derrière nous », a affirmé M. Grimard.

La ville de 6786 habitants tente de se défaire de la connotation négative de son nom qui signifie amiante en anglais, ayant relégué l’industrie aux oubliettes après la fermeture de la mine en 2012.

Changer de nom, « ça fait 30 ans qu’on en parle », a soupiré le premier magistrat qui implore les citoyens d’« arrêter de regarder le passé » pour se tourner vers « l’avenir ».

En vertu de la Loi sur l’organisation territoriale municipale, les citoyens qui s’opposent au changement de nom ont 30 jours suivant la publication d’un avis de cette modification dans un journal local pour faire connaître leur opinion à la ministre.