En activité depuis 100 ans cette année, le plus ancien terrain de golf de 18 trous des Laurentides pourrait bientôt disparaître pour faire place à un projet de condos.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Annoncé l’automne dernier, le projet vise le populaire parcours La Belle, l’un des deux parcours du club Gray Rocks, à Mont-Tremblant. Des citoyens se sont mobilisés quand ils ont réalisé, le mois dernier, que les condos ne borderaient pas le parcours La Belle, mais entraîneraient sa destruction.

« On ne veut pas empêcher la vente, ni même la construction de condos, dit Sylvie Lajeunesse, qui est née et a passé sa vie dans la région. Sauf que là, on vient d’apprendre qu’ils veulent carrément détruire le golf ! C’est fou ! »

Ce golf est une institution à Mont-Tremblant.

Sylvie Lajeunesse, membre du club de golf

Considéré comme un « joyau » par de nombreux habitants de la région, le golf La Belle a été fondé en 1920 par la famille Wheeler, pionnière du tourisme à Mont-Tremblant. Des chevaux et des charrues ont été utilisés pour aménager le terrain. À l’époque, les allées du parcours étaient entretenues par un troupeau de moutons, selon des descendants de la famille Wheeler cités dans le journal Tremblant Express.

Plusieurs générations de golfeurs de Mont-Tremblant et des environs ont fait leurs premières armes à La Belle, un terrain qui continue à ce jour d’attirer les foules.

Pétition

Une pétition mise en ligne le mois dernier pour sauver le golf a récolté plus d’un millier de signatures de gens de la région, dont le champion de ski alpin Erik Guay et la violoniste Angèle Dubeau.

Dans une lettre ouverte datée du 22 août, Thomas Graton, natif de Tremblant et dont la famille a contribué à lancer le tourisme dans le secteur au début du siècle dernier, fait part du sentiment de « révolte » qui l’anime depuis qu’il a pris connaissance de la possible disparition du parcours La Belle.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Fondé en 1920, le golf La Belle est considéré comme un « joyau » par de nombreux habitants de la région.

« On ne peut pas détruire un joyau centenaire comme celui-là ! écrit-il. Ce territoire fait partie d’un tout. C’est comme si nous voulions détruire toutes les fondations de la Pointe-à-Callière de Montréal, lieu de la fondation de la ville. Est-ce bien cela que nous voulons pour Mont-Tremblant ? »

Revenus en baisse

Daniel Cordier, copropriétaire des terrains de golf La Belle et La Bête du club Gray Rocks, dit comprendre l’attachement des gens au parcours La Belle. Mais le terrain n’est plus viable, dit-il.

Cet été, avec la COVID-19, nous avons une saison convenable, mais sinon, nous nous attendions à une catastrophe.

Daniel Cordier, copropriétaire des terrains de golf La Belle et La Bête du club Gray Rocks

M. Cordier ajoute que les revenus diminuent « de 2 à 3 % par année » depuis une dizaine d’années.

« C’est toute l’industrie du golf qui vit cela. L’âge moyen de la clientèle augmente. Moi et mon copropriétaire, on n’a pas d’enfants qui peuvent reprendre le golf. Et il faudrait investir entre 4 et 5 millions pour mettre le club-house et les autres équipements aux normes actuelles… Alors on a pensé vendre. »

Il note que la clientèle et les membres pourront continuer à jouer sur le parcours La Bête, un terrain « moderne » qu’il a lui-même créé il y a 22 ans.

Pas que des condos

Sans vouloir en dire trop sur les détails du projet immobilier, M. Cordier note qu’il est faux de croire qu’il ne sera constitué que de condos. « Il y aura des terrains de tennis, des piscines, des endroits pour faire du vélo et du ski de fond… Un des deux terrains de golf restera ouvert. On ne tourne pas le dos à la nature, parce que la nature fait partie de ce qu’est Mont-Tremblant. »

Mme Lajeunesse, qui est membre des deux terrains, note qu’il est possible de parcourir à pied les 18 trous de La Belle, alors que beaucoup de gens ne peuvent le faire à La Bête en raison de la plus grande distance entre les trous. « La Bête est un terrain au niveau de difficulté nettement plus élevé, ce n’est pas la même chose du tout. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Danielle Gagnon, Pierre Graton et Sylvie Lajeunesse comptent parmi les golfeurs qui s’opposent au changement de vocation du parcours La Belle.

Le golf La Belle est considéré comme une porte d’entrée pour ce sport, et beaucoup de jeunes de la région y apprennent le golf. L’accès y est moins coûteux et l’atmosphère plus détendue que dans plusieurs terrains de golf haut de gamme ouverts plus récemment dans la région de Mont-Tremblant, font valoir les citoyens.

Patrimoine culturel

Le groupe de citoyens demande à la Ville de Mont-Tremblant et au maire, Luc Brisebois, de déclarer le golf La Belle partie du patrimoine culturel du Québec, ce qui préserverait sa vocation.

Le maire a rencontré mercredi des citoyens inquiets.

« Le promoteur, il est conforme, il a la réglementation de son bord, dit-il. Les citoyens, on les écoute, ils nous ont demandé des choses, le patrimoine… Il faut aller vérifier les conséquences de ça, et ce qui pourrait en résulter. On va aller chercher de l’information. »

Le futur propriétaire, Éric Lefebvre, de Construction Mont-Tremblant, n’a pu être joint cette semaine.

Selon Sylvie Lajeunesse, la Ville de Mont-Tremblant doit y penser à deux fois avant de laisser cet espace vert offrant des points de vue époustouflants sur la région faire l’objet d’une démolition.

« Le slogan de la Ville, c’est “Notre culture, c’est la nature”, dit Mme Lajeunesse. Cet espace vert doit rester vert et accessible à tous. »