(Québec) La Ville de Québec a dévoilé vendredi une étude qui démontre selon elle comment son projet de tramway répond aux conditions émises par le gouvernement Legault pour son financement.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Chiffres et graphiques à l’appui, des cadres de la Ville ont tenté de démontrer comment le futur réseau structurant desservira les banlieues, se connectera à la Rive-Sud et respectera l’enveloppe budgétaire de 3,3 milliards, les trois conditions chères aux élus caquistes.

« L’étude que l’on dépose démontre que nous rencontrons les deux premières conditions. En ce qui concerne l’enveloppe budgétaire, les modifications présentées par la Ville permettent de respecter l’enveloppe », a assuré Daniel Genest, directeur du Bureau de projet du réseau structurant de transport en commun.

La Ville de Québec est l’une des rares villes canadiennes de plus de 500 000 habitants sans réseau de transport en commun structurant. Elle compte actuellement sur un réseau d’autobus.

Mais la construction de ce projet cher à Régis Labeaume donnerait un coup de pouce « phénoménal » au transport en commun dans la capitale. L’étude d’achalandage dévoilée vendredi prévoit une hausse de 13 millions des déplacements en transport collectif lors de la première année d’opération, en 2026.

La part modale du transport en commun passerait de 8,5 % à 11,3 %. Dès 2031, environ 9500 voitures de moins circuleraient dans les rues à la pointe du matin, entre 6 h et 9 h, à la faveur du transport collectif.

« C’est une hausse importante, dans l’histoire à Québec on n’a jamais vu de hausse de la part modale du transport en commun », explique Luc Samson, coordonnateur à la planification du réseau du Réseau de transport de la Capitale (RTC). « Dans le passé au mieux on a maintenu cette part. »

Le réseau structurant s’axe autour du tramway et d’un réseau d’autobus sur voies réservées, le métrobus. En plus, la Ville de Québec a annoncé au printemps son projet de « couronne périphérique ». Il s’agit d’autobus à haute fréquence dans des secteurs comme Saint-Augustin, Val-Bélair, L’Ancienne-Lorette ou Saint-Émile.

Grâce à cet ajout, qui n’était pas prévu dans la mouture initiale, la Ville pense ajouter 2,6 millions de déplacements en transport collectif en provenance des banlieues chaque année. Voici donc la première condition du gouvernement Legault qui serait remplie.

L’interconnexion avec la Rive-Sud sera quant à elle assurée par le pôle d’échange Sainte-Foy et sous la colline parlementaire, en se connectant au futur tunnel Québec-Lévis que la CAQ tarde à présenter. Le réseau structurant pourrait accueillir 1000 personnes à l’heure en provenance du tunnel.

C’est amplement suffisant selon la Ville de Québec, puisqu’à l’heure actuelle, 1200 personnes à l’heure utilisent les transports en commun pour traverser de la Rive-Sud à la Rive-Nord. Or, plusieurs continueront de faire ce passage dans des autobus dans l’axe du pont Pierre-Laporte.

« C’est assez clair qu’on peut absorber l’achalandage qui arrivera de la Rive-Sud », soutient Daniel Genest. Il croit donc que la deuxième condition de la CAQ est remplie.

Quant au budget, la Ville a confiance de pouvoir respecter le budget de 3,3 milliards. Elle a déjà réduit l’ampleur du projet dans les derniers mois, en retirant une station et en raccourcissant la longueur du tunnel. Québec doit injecter 1,8 milliard, Ottawa a promis 1,2 milliard et la Ville va acquitter les 300 millions restants.

Le gouvernement attend sa propre étude

Dans les dernières semaines, le gouvernement de la CAQ a toutefois soufflé le chaud et le froid dans ce dossier.

« Pour être moderne et efficace, le projet doit avoir une saveur plus régionale, entre autres, en étant intégré au projet de tunnel Québec-Lévis, en prenant en compte la Rive-Sud, les banlieues », indiquait mercredi la vice-première ministre, Geneviève Guilbault.

Le gouvernement a par ailleurs promis de dévoiler bientôt son plan pour le futur tunnel Québec-Lévis, qu’il tient mordicus à intégrer au réseau de transport structurant de la capitale.

La dernière étude d'achalandage de la Ville de Québec sera transmise au ministère des Transports. La Ville espère qu'elle convaincra la CAQ d'appuyer le projet dans sa forme actuelle.

Le gouvernement Legault a lui-même commandé sa propre étude sur l'achalandage du réseau de transport structurant. « Elle dégagera notamment un portrait clair qui permettra de mesurer l’impact des changements souhaités par la Ville sur l’achalandage futur du projet », a expliqué dans un courriel Florence Plourde, attachée de presse du ministre des Transports.

« De notre côté, nous allons attendre ces résultats qui seront connus à l’automne avant de nous prononcer, ajoute Mme Plourde. Nous allons faire les choses dans l’ordre. Comme nous l’avons déjà dit, nous allons prendre un certain temps pour étudier le nouveau projet présenté par la Ville en juin dernier. »