(Lac Onatchiway ) Alain Renaud n’a pas vu son chalet brûler. Mais il ne se fait pas d’illusions. Son petit refuge, qu’il fréquente assidûment depuis 20 ans, a presque certainement été emporté par l’immense incendie de forêt non maîtrisé qui brûle au nord de Saguenay.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

« Ça fait 20 ans qu’on a le chalet. On passe toutes nos fins de semaine là-bas, toutes nos vacances là. C’est notre retraite qui part en fumée. On pensait s’en aller vivre là. Mais là, tout est parti », se désole M. Renaud, qui a quitté la zone d’incendie in extremis.

L’incendie dans le secteur de Chute-des-Passes menace 72 000 hectares de forêt. C’est de loin le plus important en activité au Québec. Les autorités pensent qu’il aurait été allumé accidentellement par un feu de camp mal éteint.

M. Renaud passait une semaine au chalet avec sa conjointe. Mercredi, il a remarqué que le feu s’approchait du bâtiment, situé à 130 km au nord de Saint-David-de-Falardeau. « Le jeudi, on a rempli le pick-up. On voulait être prêts à partir à la dernière minute. »

Le vendredi, il a visité les alentours. Il voyait des chalets brûler, entendait des bonbonnes de propane exploser. Après le souper, ils ont décidé de partir.

On a parti le pick-up et on est partis. Quand je suis arrivé dans mon chemin, le feu était rendu. C’était comme un film, un mauvais film.

Alain Renaud

Son chalet était assuré. Mais les assurances ne rachèteront pas les souvenirs. « Et ce n’est pas comme une maison que tu peux assurer valeur à neuf. »

D’autres ont été plus chanceux. Frédéric Waltzing a un chalet à 8 km du barrage Péribonka IV. Cette centrale était menacée par les flammes en fin de semaine, mais lundi, le gouvernement a annoncé qu’elle était sécurisée par du déboisement préventif et l’installation de gicleurs.

Le chalet de M. Waltzing, lui, a vu les flammes de près. Mais l’ancien pompier avait préparé la maison en conséquence, notamment en minéralisant le sol autour et en recouvrant l’édifice de tôle.

Un système de caméra qu’il a installé, relié à l’internet via satellite, lui a permis de suivre l’évolution du feu. Celui-ci a engouffré la forêt autour, mais la maison semble à peu près indemne.

« On a eu des images jusqu’à 1 h du matin entre dimanche et lundi. Tout était encore correct », dit-il.

  • Une caméra installée au chalet de Frédéric Waltzing lui a permis de suivre l’avancée de l’incendie. Il pense que son chalet a été épargné.

    PHOTOS FOURNIES PAR FRÉDÉRIC WALTZING

    Une caméra installée au chalet de Frédéric Waltzing lui a permis de suivre l’avancée de l’incendie. Il pense que son chalet a été épargné.

  • Une caméra installée au chalet de Frédéric Waltzing lui a permis de suivre l’avancée de l’incendie. Il pense que son chalet a été épargné.

    PHOTOS FOURNIES PAR FRÉDÉRIC WALTZING

    Une caméra installée au chalet de Frédéric Waltzing lui a permis de suivre l’avancée de l’incendie. Il pense que son chalet a été épargné.

  • Une caméra installée au chalet de Frédéric Waltzing lui a permis de suivre l’avancée de l’incendie. Il pense que son chalet a été épargné.

    PHOTOS FOURNIES PAR FRÉDÉRIC WALTZING

    Une caméra installée au chalet de Frédéric Waltzing lui a permis de suivre l’avancée de l’incendie. Il pense que son chalet a été épargné.

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Zone de villégiature

L’incendie ravage une zone de villégiature, note M. Waltzing. Des habitants du Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais aussi de Québec, ont des chalets là-bas.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a noté lundi en conférence de presse qu’il était trop tôt pour connaître le nombre de chalets partis en fumée. Alain Renaud les estime à vue de nez à une centaine. Il faudra des semaines, sinon des mois, pour avoir le véritable portrait.

La Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) a mis en place 10 barrages pour boucler le périmètre. Au kilomètre 76 de la route L253, au bout d’un chemin forestier cahoteux, deux policiers de la Sûreté du Québec (SQ) bloquaient l’accès depuis vendredi.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Au kilomètre 76 de la route L253, au bout d’un chemin forestier cahoteux, deux policiers de la Sûreté du Québec (SQ) bloquaient l’accès depuis vendredi.

La plupart des villégiateurs ont évacué en fin de semaine. Mais ils étaient huit à quitter la zone interdite à partir de ce barrage lundi, comme l’a constaté La Presse, qui était sur place.

Un homme de Chicoutimi est venu deux fois, dans l’espoir de retrouver ses deux chiens husky restés derrière le barrage. Il était à son chalet quand Everest et Taïga « sont probablement partis après une bête », a-t-il raconté.

« La SQ a aidé et m’a permis d’aller dans le secteur pour aller les trouver, je suis allé deux fois aujourd’hui et je vais probablement y retourner mardi », a expliqué Luc Godin, dépité.

« La meilleure façon d’aider, c’est de ne pas allumer de feu »

Les conditions météorologiques des dernières semaines sont exceptionnellement idéales pour la propagation des incendies. Si la situation actuelle n’est pas sans précédent, il faut reculer d’une décennie pour avoir connu des circonstances semblables au Québec.

« En 2010, on a eu le feu du lac Smokey, en Haute-Mauricie, qui avait brûlé 103 000 hectares. À ce moment-là, les indices — de très hautes températures et une très basse humidité — étaient comparables à ce qu’on a cette année », a rappelé Éric Rousseau, directeur général de la SOPFEU.

Depuis le début de l’année, les pompiers forestiers ont combattu 461 brasiers, soit deux fois plus que la moyenne des 10 dernières années pour la même période, qui s’élève à 231. Les deux causes majeures d’incendies de forêt sont l’intervention humaine et la foudre. Cette année, 95 % des incendies recensés sont attribuables à l’humain, a informé M. Rousseau. De ce fait, Québec a interdit, lundi, tout type de feu, y compris les feux d’artifice, pour l’ensemble de la province jusqu’à nouvel ordre.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Geneviève Guilbault, vice-première ministre du Québec, en point de presse, lundi

« S’il y a un paramètre sur lequel on peut avoir une influence, c’est sur l’intervention humaine, alors la meilleure façon d’aider, c’est de ne pas allumer de feu », a demandé la vice-première ministre du Québec, Genevière Guilbault, en point de presse lundi.

Elle a aussi rappelé l’importance d’économiser l’eau potable, principalement en période de sécheresse critique comme celle que l’on vit, afin de prévenir toute possibilité de pénurie.

« Je sais que ça peut être tentant de remplir sa piscine ou de se faire un feu entre amis, mais on l’évite pour l’instant. On a une année 2020 qui n’est pas facile », demande la vice-première ministre.

Actuellement, 18 incendies de forêt brûlent au Québec sur 73 000 hectares ; celui au nord du Lac-Saint-Jean couvre à lui seul 72 000 hectares et il n’était toujours pas maîtrisé, lundi. Beaucoup d’espoir repose sur la pluie attendue dans la nuit de mardi à mercredi. La SOPFEU estime que les quantités d’eau prévues pourraient suffire à calmer l’incendie et enfin permettre d’y pénétrer avec les avions-citernes.

Le gouvernement du Québec a mis en place une ligne d’information pour les citoyens : 1 877 644-4545.