(Wemotaci) Lassés de ne pas être consultés pour les grands projets hydroélectriques sur leur territoire, les Atikamekw de Wemotaci, en Haute-Mauricie, sont allés manifester cet après-midi à la centrale du Rapide-Blanc, pour dénoncer les travaux entrepris sans leur accord.

Michel Ducas, Initiative de journalisme local
La Presse canadienne

« Nous avons des droits ancestraux sur ce territoire, déclare le chef de Wemotaci, François Néashit. Au fil de son histoire, Hydro-Québec a bafoué ces droits en construisant plusieurs équipements hydroélectriques sans consultation, sans accommodement et sans notre consentement. Hydro-Québec a pourtant causé des dommages sérieux et permanents à notre nation. Même si nous avons fait du progrès au cours des dernières années, Hydro-Québec est encore très loin d’avoir pleinement accommodé et compensé les Atikamekw de Wemotaci pour l’ampleur des dommages subis. Il est maintenant nécessaire d’aller plus loin en négociant une entente, dès maintenant, qui permettra de pleinement accommoder et compenser notre peuple pour les dommages subis. »

Les Atikamekw se défendent bien d’être contre le développement. Pour eux, cependant, il est essentiel que la société d’État établisse un partenariat. « Nous ne sommes pas contre les projets et le développement, précise le chef de Wemotaci. Nous souhaitons au contraire être des partenaires de ces développements, le tout dans le respect de nos droits et des principes du développement durable. Hydro et tout le Québec se sont enrichis en exploitant notre territoire, pendant qu’on nous maintenait dans la pauvreté. Il est temps que ça change. »

Tout en soulignant que la majorité de sa population vit actuellement sous le seuil de la pauvreté, François Néashit aimerait bien voir Hydro-Québec offrir des contrats à des entreprises de sa communauté, ou à tout le moins former et embaucher certains membres atikamekw le temps de l’exécution des travaux, évalués à 613 M$. Plus largement, le chef de Wemotaci aimerait rencontrer la nouvelle PDG d’Hydro pour discuter. Il menace même de s’adresser aux tribunaux pour faire stopper les travaux. « Le temps où l’on acceptait de voir notre territoire exploité sans notre consentement est révolu, clame François Néashit. Dorénavant, nous serons incontournables. Il n’y aura plus de projets sans notre accord. »

Surprise chez Hydro-Québec

Du côté d’Hydro-Québec, on avoue être surpris. « Le projet de réfection de l’équipement avait été annoncé il y a plus d’un an, soutient le porte-parole, Francis Labbé. Il avait même été présenté aux Atikamekw avant le début des travaux. Il s’agit d’un projet de rajeunissement de la centrale du Rapide-Blanc, et on fait tout lors de ces projets pour maximiser les retombées positives pour les communautés autochtones. » M. Labbé rappelle que la centrale avait été bâtie à l’origine entre 1930 et 1934, par la Shawinigan Power Light and Heat Co. « Pour ce qui est des revendications territoriales, Hydro-Québec a peu de pouvoir de négociation, et à ce titre, nous ne pouvons pas commenter le dossier, prévient Francis Labbé. Nous sommes ouverts à apporter notre expertise pour aider à régler le dossier, mais nous ne serons pas signataires d’une entente apparentée à la Paix des Braves. Par contre, pour tout nouvel ouvrage, nous sommes déjà proactifs dans nos consultations. »

Pour ce qui est des échanges avec les Atikamekw, la société d’État est toujours ouverte à la discussion. « Les canaux de communication sont toujours ouverts, rappelle Francis Labbé. Notre PDG (Sophie Brochu) a bel et bien reçu la lettre envoyée par le conseil des Atikamekw, mais la pandémie a tout ralenti. Nous demeurons sensibles aux réalités des Premières-Nations, et nous sommes prêts à dialoguer. »