(Québec) Régis Labeaume a déniché en toute vitesse un terrain propice à l’aménagement d’un cimetière musulman à Québec, car il craignait de se retrouver avec un débat « malsain » sur les bras, comme celui qui a mené au référendum de Saint-Apollinaire.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

C’est ce qu’a affirmé jeudi le maire de Québec, au moment de signer l’acte de vente de la parcelle située à Sainte-Foy. La communauté musulmane l’a payée 260 000 $ à la Ville, soit la valeur marchande, a précisé le maire. Les musulmans de la capitale tentaient depuis 20 ans de trouver un lieu où aménager leur cimetière confessionnel.

« Je n’avais pas le goût qu’on aille ce débat-là. Ce genre de débat, ça peut être acrimonieux. Les résultats sont inutiles. Je n’avais pas le goût que quelques-uns en rajoutent avec ce qu’on a vécu en janvier [2017] », a lancé le maire Labeaume jeudi, en référence à l’attentat qui a fait six morts à la grande mosquée de Québec.

C’est toute de suite après cette tuerie que M. Labeaume a promis aux musulmans de Québec de leur trouver un terrain. Mais ceux-ci croyaient enfin l’avoir déniché à Saint-Apollinaire, sur la Rive-Sud de Québec.

Le projet de Saint-Apollinaire a été soumis à un référendum. Les opposants l’ont remporté par quelques voix après un débat qui a duré plusieurs semaines. Des membres du groupe identitaire La Meute s’étaient impliqués dans le camps du « Non ».

« Je ne voulais pas ça. J’ai délibérément fait vite parce que je n’avais pas envie qu’on aille un débat là-dessus », a expliqué Régis Labeaume. Il pense que l’exercice aurait pu rapidement devenir « malsain ». « Je n’avais pas le goût de prendre une chance. »

Dès l’été

Le président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Boufeldja Benabdallah, s’est réjoui de la conclusion de ce long chapitre. Il rappelle que les musulmans de Québec avaient fait plusieurs tentatives vaines depuis 20 ans, dans les villages autour de la capitale.

« On a été déboutés par ce référendum [de Saint-Apollinaire]. La démocratie parfois a ses grands côtés, dit-il. Mais quand elle est poussée au bout afin qu’une minorité, minorité, minorité défasse un geste utile pour la société, c’est vraiment dommage. »

« Mais on a accepté en bon perdants. On a perdu le référendum. Mais on s’est relevés et on a continué le travail. »

Le cimetière musulman de Québec pourra accueillir jusqu’à 500 dépouilles. Les premières seront enterrées à l’été. Le projet est estimé au total à 500 000 $. La communauté a eu recours au socio-financement pour trouver cette somme.

La Ville de Québec a surtout aidé la communauté en lui trouvant un terrain. Elle a aussi fourni de la terre pour le remblayage.

Le maire Labeaume a expliqué que la signature de l’acte de vente, quelques jours avant Noël, avait quelque chose de symbolique.

« Québec est une ville francophone d’obédience judéo-chrétienne, blanche. La ville va se métisser à travers le temps, c’est inévitable, estime M. Labeaume. À travers ça, il faut se demander comment on peut vivre ça en harmonie. »

« C’est un peu bêbête, mais s’aimer les uns les autres, c’est encore d’actualité. Il faut s’aimer les uns les autres. »