La saga du traversier NM F.-A.-Gauthier se poursuit et pourrait bien retarder sa remise en service qui était prévue vendredi prochain après tout près d’un an de cale sèche. Le navire a connu des problèmes de moteurs, a annoncé samedi la Société des traversiers du Québec.

Michel Saba
La Presse canadienne

Le navire avait quitté vendredi le chantier naval Davie, à Lévis, afin de retourner à son port d’attache de Matane, au Bas-Saint-Laurent, pour servir la clientèle de la traverse maritime Matane-Baie-Comeau-Godbout.

Lors du périple, les équipes ont constaté que « les moteurs ne fonctionnaient pas nécessairement selon les paramètres qui sont prescrits par le fabricant », a concédé Stéphane Lafaut, le PDG de la Société des traversiers du Québec (STQ), lors d’un point de presse qui visait initialement à répondre aux questions sur la remise en service du navire.

« Le navire est fonctionnel », a-t-il néanmoins assuré, avant d’ajouter que le nouveau problème touche les « moteurs qui propulsent littéralement le navire ».

Des alarmes associées à des capteurs se sont déclenchées. « C’est comme un “ check engine ” sur votre voiture, a illustré M. Lafaut. Il allume. Vous ne savez pas pourquoi, mais ça vous inquiète. C’est là qu’on est et c’est assez sérieux pour dire : “ on va investiguer ” ».

Des spécialistes ont été dépêchés à Matane pour identifier le problème et le réparer sur place et les autorités assurent qu’elles ne lésineront pas sur les moyens pour que ces experts puissent se déplacer dans les plus brefs délais.

Le NM F.-A.-Gauthier, acquis par la STQ au coût de 175 millions, a été mis hors service le 18 décembre 2018 en raison de vices de construction majeurs, après moins de quatre ans de traversées.

Les propulseurs, qui étaient défectueux et qui ont été complètement remontés, se sont d’ailleurs très bien comportés lors du transit. Le problème de moteur qui s’est manifesté vendredi n’avait pas été identifié à l’époque.

La dernière ligne droite

En entrevue avec La Presse canadienne, M. Lafaut a dit qu’il doute de pouvoir remettre le navire en service vendredi. « Il faut que ce soit sécuritaire, a-t-il lancé. On traverse quand même le fleuve. C’est une traversée de deux heures et quart. On ne peut pas prendre de risques sur l’eau. »

Malgré les nombreux rebondissements, il a assuré qu’« on est dans le dernier droit » et qu’il compte bien déployer « tous les moyens possibles et imaginables » pour remettre le navire rapidement en service.

Malgré l’imminence de la remise en service du NM F.-A.-Gauthier, la STQ a rappelé qu’elle avait pris la décision de mettre en place une liaison aérienne complémentaire quotidienne entre Mont-Joli, Baie-Comeau et Sept-Îles du 21 décembre au 6 janvier inclusivement afin de rassurer sa clientèle sur la prévisibilité du service pendant cette période de l’année.

Cette clientèle de la traverse maritime Matane-Baie-Comeau-Godbout a été grandement éprouvée en 2019. L’absence du NM F.-A.-Gauthier a forcé la STQ à recourir successivement au NM Apollo, au CTMA Voyageur, au NM Félix-Antoine-Savard et au NM Saaremaa I qui ont tous montré leurs limites.

Leur utilisation par la STQ a été marquée par de nombreuses annulations de traversées, notamment en raison des restrictions imposées par Transports Canada. De plus, leur capacité de transport de véhicules et de passagers est inférieure à celle du NM F.-A.-Gauthier.

Responsabilité ministérielle

Les multiples annulations de traversées en 2019 ont exaspéré les citoyens de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent, qui subissent à chaque fois d’importants inconvénients et retards pour traverser le fleuve Saint-Laurent.

Samedi, le député péquiste de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, cachait mal son exaspération. Il a réclamé « au minimum » le retour de la traversée aérienne chaque jour jusqu’à ce qu’« un traversier fiable » soit en fonction.

« Comment se fait-il que pour une crise de cette ampleur qui dure depuis un an, on n’a pas l’impression que le gouvernement du Québec prend ça sérieusement ? », s’est-il indigné.

M. Bérubé, qui n’est pas particulièrement impressionné par la gestion des traversiers, en a également appelé de la responsabilité ministérielle du ministre des Transports, François Bonnardel.

« J’invite le ministre à venir avant Noël à Matane et à Baie-Comeau pour échanger avec les intervenants locaux sur la crise du traversier, a lancé M. Bérubé. Je suis un élu et je veux traiter avec un élu. Le ministre des Transports est toujours présent lorsqu’il y a des annonces ou des inaugurations qui relèvent de son ministère et sa présence est requise de part et d’autre du fleuve. »