(QUÉBEC) Québec et son troisième lien peuvent se rhabiller. Aux prises avec d’importants problèmes de congestion, la région d’Ottawa-Gatineau débat de la pertinence de construire un sixième pont entre les deux villes.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Mais comme à Québec, la question divise les élus. Les maires de Gatineau et d’Ottawa ont émis d’importantes réserves et disent préférer que l’argent public soit investi en priorité dans les transports en commun.

« Mon objectif n’est pas de construire des infrastructures, c’est de régler le problème de la congestion, explique en entrevue avec La Presse le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Est-ce qu’un nouveau pont réglerait le problème de congestion ? La réponse n’est pas évidente du tout. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau

Dans le but de « partir le débat avec des faits », le conseil municipal a entendu mardi deux expertes en transports. Tant Fanny Tremblay-Racicot, de l’École nationale d’administration publique, que Catherine Morency, de Polytechnique Montréal, ont expliqué aux élus qu’un nouveau pont avait peu de chances de réduire les problèmes de congestion.

Les nouvelles routes engendrent une nouvelle demande — par l’étalement urbain, par exemple — et deviennent aussi congestionnées que les anciennes sur un horizon de cinq à dix ans, a fait valoir Mme Tremblay-Racicot. « Maintenant, on constate que ça se fait en trois ans au Québec », a-t-elle expliqué aux élus de Gatineau.

Si l’objectif est de réduire les temps de déplacement, ça n’aura pas ce résultat-là.

Catherine Morency

« Si on construit une nouvelle infrastructure, des maisons seront construites à côté de la nouvelle infrastructure et des gens vont déménager à côté », a illustré la directrice de la Chaire de recherche du Canada sur la mobilité des personnes.

« La conséquence de ce qu’on voit aujourd’hui, c’est d’avoir construit des infrastructures et d’avoir fait en sorte que se déplacer en automobile ne coûte pas cher », a-t-elle ajouté.

Une vieille idée

L’idée de construire un sixième pont au-dessus de la rivière des Outaouais n’est pas nouvelle. Elle ressurgit dans un contexte où la région connaît une forte croissance démographique et où de nombreux fonctionnaires fédéraux doivent traverser la rivière matin et soir. Actuellement, 60 000 personnes passent entre les deux villes chaque jour à l’heure de pointe.

« Les études se multiplient depuis plus de 100 ans et démontrent que la fluidité entre les deux rives de la rivière des Outaouais n’est pas optimisée », fait valoir le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon.

M. MacKinnon défend bec et ongles le projet de sixième lien. 

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Steven MacKinnon, député fédéral de Gatineau

On a besoin de plus de capacité pour transporter les gens au-dessus de la rivière des Outaouais dans les deux sens.

Steven MacKinnon, élu du Parti libéral du Canada

Le gouvernement Trudeau s’est montré ouvert à l’idée de construire un nouveau pont à l’est. Les cinq ponts actuels sont situés dans les secteurs Hull et Aylmer, mais aucun ne relie le secteur Gatineau à l’autre rive de la rivière des Outaouais.

Les gens de l’est de la ville sont mal desservis, insiste M. MacKinnon. Ceux qui habitent ce secteur et travaillent à Ottawa doivent passer dans « l’entonnoir » du centre-ville de Gatineau pour se rendre au pont. Les camions, eux, doivent aussi passer par le centre-ville à défaut de voie de contournement.

« On était 650 000 personnes en 1973 dans la région de la capitale nationale, l’année où le dernier pont a été complété, rappelle M. MacKinnon. On s’en va vers 1,5 million de personnes et on a besoin de traverses additionnelles. »

Un tramway dans les cartons

Le député assure qu’il est en faveur des transports en commun. Il estime d’ailleurs qu’un nouveau pont permettrait un service d’autobus plus efficace pour les navetteurs de l’est de la ville.

Il dit aussi respecter l’opinion des chercheuses, selon qui le sixième pont ne réglera pas grand-chose. Mais selon lui, Gatineau manque de densité et les transports en commun ne répondent pas à tous les besoins actuellement.

« Nous avons eu de l’étalement urbain ici. Les gens, souvent par la volonté ferme des élus municipaux, ont été incités à se répandre sur le territoire, dit-il. Maintenant, demander à ces mêmes gens d’aller courir après des solutions de transports collectifs qui n’existent pas encore, c’est beaucoup leur demander. »

Le maire de Gatineau se dit conscient des efforts à fournir pour réduire la dépendance à la voiture. « On a un projet de tramway à l’ouest, on est en train de prolonger le Rapibus à l’est, on met 35 millions sur quatre ans juste pour le vélo », énumère M. Pedneaud-Jobin. 

Il faut donner des alternatives aux gens et on le fait de façon assez agressive.

Maxime Pedneaud-Jobin

« C’est sûr que lorsqu’on dit “on va construire un pont et ça va tout régler”, alors tout le monde est favorable au pont, ajoute le maire. Mais la science nous apprend qu’ajouter des infrastructures routières n’est pas une solution à la congestion. Je ne veux pas reproduire les erreurs du passé. »

Les ponts interprovinciaux sont de compétence fédérale. La Commission de la Capitale-Nationale a commandé une mise à jour d’une étude de 2013 sur un pont à l’est, dont l’éventuelle publication va venir nourrir le débat.

Invité à commenter la situation, le député libéral provincial de Pontiac s’est montré prudent. « Il faut trouver une solution pour faire en sorte que le transport lourd ne passe pas par les centres-villes d’Ottawa et de Gatineau, croit André Fortin. Est-ce que ça passe par un autre lien ? Disons que la réponse demeure en suspens parce qu’il n’y a pas de réponse claire. »