Les Innus aussi veulent être consultés par le gouvernement du Québec sur le projet de troisième lien, ce tunnel entre Québec et Lévis qui doit passer par leur territoire ancestral, le Nitassian.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Or, un document du ministère des Transports (MTQ) consulté par La Presse indique noir sur blanc que les Innus ne seront pas consultés sur le troisième lien dans le cadre de l’étude d’impact, contrairement aux Hurons-Wendats.

« Se situant en territoire innu, nous sommes attentifs à l’évolution du projet de troisième lien à Québec et nous nous attendons d’être consultés par le gouvernement en temps opportun », a expliqué dans un courriel le vice-chef du conseil de bande de Mashteuiatsh, Charles-Édouard Verreault.

Les Innus de Mashteuiatsh ne s’opposent pas d’emblée au troisième lien, précise M. Verreault. Ils le voient même d’un œil plutôt favorable. Ils veulent toutefois « s’assurer que le projet sera acceptable sur le plan environnemental ». « Nous sommes persuadés qu’il s’agit là d’une visée commune », ajoute M. Verreault.

Il s’agit de la deuxième nation autochtone qui signifie son désir d’être consultée dans le cadre de ce mégaprojet de plusieurs milliards de dollars. Les Hurons-Wendats ont fait la même demande, dans le cadre d’un article de La Presse paru le 10 septembre.

Le jour même, dans une lettre recommandée, le MTQ invitait le grand chef Konrad Sioui à une rencontre.

Or, le MTQ n’entend pas consulter les Innus dans le cadre de l’importante étude d’impact environnemental du troisième lien. La firme qui devra réaliser cette étude sera choisie incessamment par le gouvernement.

Dans le processus d’appel d’offres, un soumissionnaire a demandé au MTQ si les Innus devaient être consultés ; le Ministère a répondu par la négative.

« Outre la communauté huronne de Wendake, est-ce que le MTQ croit que les Innus, les Malécites et les Abénakis doivent aussi être consultés ? Dans le dossier du Port de Québec, les Mohawks […] ont aussi été consultés. »

La réponse de Québec au soumissionnaire est limpide : « les rencontres devraient se limiter à la nation Wendat-Huronne ».

Cet appel d’offres s’est terminé le 29 août. La firme choisie devra produire une évaluation d’impact qui sera utilisée par le gouvernement pour présenter le projet devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

L’étude doit être livrée d’ici décembre 2020.

Au cabinet du ministre des Transports, François Bonnardel, on assure que les préoccupations des Innus vont se rendre aux oreilles du gouvernement.

« Le Secrétariat aux affaires autochtones siège sur le comité interministériel du projet, indique l’attachée de presse du ministre, Florence Plourde. Nous comptons sur leur expertise afin de nous souligner tous les enjeux concernant les communautés autochtones, incluant la communauté innue. »

Une évaluation fédérale ?

Contrairement aux Hurons-Wendats, les Innus ne demandent pas encore l’intervention d’Ottawa. Rappelons que les Hurons-Wendats entendent demander formellement au gouvernement de Justin Trudeau de soumettre le projet de troisième lien à une évaluation d’impact fédérale, comme la loi le leur permet.

L’article 9 de la nouvelle Loi sur l’évaluation d’impact accorde au ministre fédéral de l’Environnement le pouvoir de désigner un projet. Le ministre peut « prendre en compte les répercussions préjudiciables que l’activité concrète peut avoir sur les droits des peuples autochtones du Canada ».

Les Innus n’écartent pas la possibilité de demander au fédéral d’intervenir, mais restent prudents.

Il est encore tôt actuellement ; le projet reste à se préciser. Nous verrons en temps et lieu comment nous nous positionnerons par rapport aux évaluations qui seront soumises.

Charles-Édouard Verreault, vice-chef du conseil de bande de Mashteuiatsh

Les Innus estiment que le troisième lien passe par leur territoire ancestral, le Nitassian. Celui-ci englobe l’île d’Orléans et la rive nord du fleuve, où doit passer le tunnel et sortir pour se raccorder aux autoroutes existantes.

Les Hurons-Wendats considèrent aussi que ces terres font partie de leur territoire ancestral, le Nionwentsïo. Comme les Innus, ils ne s’opposent pas d’emblée au projet de troisième lien.

Ils s’inquiètent cependant des impacts potentiels du projet pour l’environnement et sur des sites archéologiques wendats. « On est en plein cœur de notre territoire, il y a des fouilles archéologiques importantes, on chasse, on pêche, il y a les chutes Montmorency, alors on a un grand intérêt », expliquait récemment le grand chef de la nation huronne-wendate, Konrad Sioui.