La mère de la petite fille de Granby qui est morte à la suite de mauvais traitements et de négligence en avril dernier déposera une poursuite civile d’ici la fin du mois de septembre.

Dominique Talbot Dominique Talbot
La Presse

« Il y a eu des manquements graves quant au devoir de protection de cette petite fille de la part de beaucoup d’intervenants. Il y a eu beaucoup de signaux d’alarme qui ont été envoyés, surtout à la DPJ. Des appels à la police ont aussi été faits. […] Il va falloir que des gens soient imputables », affirme Me Valérie Assouline, l’avocate de la mère.

PHOTO CATHERINE TRUDEAU, ARCHIVES LA VOIX DE L’EST

Des voisins avaient laissé des fleurs et des peluches devant la résidence de la fillette.

L’avocate précise que la poursuite, qui pourrait atteindre plusieurs millions, visera notamment la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie, le CIUSSS de l’Estrie ainsi que des médecins, des écoles et la commission scolaire que fréquentait l’enfant.

Une vague de tristesse et d’indignation a traversé tout le Québec à la fin avril lorsque la mort de la petite Alicia* a été annoncée. La journée précédente, elle avait été trouvée ligotée et dans un état critique dans une résidence de Granby.

Le père de la petite fille, âgé de 30 ans, qui en avait la garde, fait aujourd’hui face à des accusations de négligence criminelle causant la mort, de séquestration, d’abandon d’enfant et de ne pas avoir fourni les choses essentielles à la vie.

Il a demandé plus tôt cette semaine une libération sous caution en attendant son procès. Sa conjointe, âgée de 36 ans, est quant à elle accusée de meurtre non prémédité, de séquestration et de voies de fait graves.

NOMBREUX TRAUMATISMES

Dans les décisions du tribunal de la jeunesse rendues à son égard, on a appris que la petite avait vécu de nombreux traumatismes tout au long de sa vie. Il a été possible d’y apprendre qu’elle avait été élevée par des parents inadéquats, violents et ayant des antécédents en matière d’agression sexuelle.

Pourtant, dans un jugement du 30 mai 2018 de la Chambre de la jeunesse, le juge avait suivi la recommandation de la DPJ en maintenant la petite Alicia et son frère au domicile de leur père et de leur belle-mère, malgré des indications de « négligence au plan éducatif, d’abus physiques et de mauvais traitements psychologiques ».

On ne peut pas avoir une hiérarchie aussi longue à la DPJ et que personne ne soit responsable.

Me Valérie Assouline, avocate de la mère

« On ne peut pas ne pas avoir d’imputabilité dans le système. [Alicia] n’est pas morte d’un accident, dit Mme Assouline. Elle est morte de négligences graves, depuis des années. Elle était en danger et personne dans le système n’a été là pour elle. »

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

« On a ici une maman qui n’oubliait pas sa fille et qui, comme beaucoup d’autres, a lancé des signaux d’alarme. Elle a été ignorée, comme si elle n’existait pas, ajoute l’avocate. Quelqu’un doit être responsable. »

« Nous l’avons appris [hier]. Puisque la poursuite n’est pas encore déposée, nous ne [la] commenterons pas », a indiqué à La Presse Annie-Andrée Émond, porte-parole du CIUSSS de l’Estrie — Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

Dans un rapport d’enquête interne rendu public au début du mois de juillet, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS avait conclu que personne n’était à blâmer pour la mort de la petite Alicia, mais que c’était plutôt « le système au complet » qui avait failli à la protéger. Personne à la DPJ n’a commis de faute dans le traitement de son dossier, avançait le rapport.