Ses promoteurs font miroiter depuis des mois des investissements de 200 millions, avec 400 emplois à la clé et un partenariat avec l’Université de Sherbrooke. Mais un an après la première pelletée de terre symbolique, le projet de serres de marijuana de MYM Nutraceuticals, à Weedon, semble abandonné, faute de permis de production délivré par Santé Canada. La mairie de la petite municipalité de l’Estrie demande des explications à Ottawa.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

« Ça fait six mois qu’on nous donne la même réponse : l’octroi de la licence dépend de l’enquête de sécurité qui est en cours, déplore le maire de la municipalité de 2700 habitants, Richard Tanguay. C’est anormal qu’une entreprise démarre un projet de cette ampleur et qu’Ottawa ne soit pas en mesure de nous donner le moindre échéancier précis sur l’avancement du dossier. » 

En mars 2018, le chef de la direction de MYM Nutraceuticals, Robert Gielt, avait annoncé la construction de la « phase I » de ce qui devait devenir « les plus grandes serres [de cannabis] au monde ». Après avoir coulé les dalles de béton et érigé les structures des futures serres, l’entreprise de Vancouver a stoppé les travaux. Les agents de sécurité ont cessé de surveiller le terrain de 1,5 million de pieds carrés, et le responsable des communications du projet, Daniel Nadeau, ne représente plus l’entreprise depuis décembre, rapportait récemment La Tribune

Déficit de 22 millions

Dans ses derniers résultats trimestriels publiés en mai, la direction de l’entreprise cotée en Bourse rapportait un déficit d’exploitation de près de 22 millions et dressait un constat sombre de la situation : « Rien n’assure que la société et ses filiales obtiendront un permis de production de marijuana médicinale et il n’y a aucun échéancier connu permettant d’évaluer quand la démarche aura porté ses fruits. »

MYM Nutraceuticals estime avoir besoin de 10 à 15 millions pour achever la construction de la première phase, mais reconnaît qu’elle n’a « pas à ce jour obtenu le financement pour les installations de Weedon ». L’entreprise tarde aussi à obtenir un permis de production pour une serre de 10 000 pieds carrés qu’elle a construite à Laval l’année dernière. 

La Presse avait révélé en 2018 qu’un consultant de MYM chargé de remplir les formulaires de demandes de permis avait plaidé coupable en 1993 à des accusations d’avoir mis en circulation de la fausse monnaie et d’avoir eu en sa possession une carte de crédit volée ou falsifiée, qui lui ont valu quatre peines de prison totalisant plus de 60 jours. Ce consultant n’est plus partenaire de l’entreprise.

Manque de transparence

Le maire de Weedon reproche à Santé Canada de manquer de transparence dans son processus d’attribution de permis. Sa municipalité a adopté une résolution demandant formellement au gouvernement Trudeau de rendre publique « l’échéance du délai de traitement des demandes de licences en lien avec le cannabis au Québec ».

Les bureaux de la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, et du ministre de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, n’ont pas voulu commenter le cas hier. 

La municipalité de Weedon a dû immobiliser 3,5 millions afin de faire asphalter une route qui mène à la future usine. « Je ne suis pas la Ville de Montréal. Pour trouver l’argent pour ce genre de travaux, il faut que je planifie plus longtemps à l’avance. Mais ce n’est pas possible, parce que nulle part dans le programme de Santé Canada il n’y a d’échéancier clair pour les demandes de permis. On pense qu’à titre de partenaires gouvernementaux, on mériterait d’être mieux informés », estime M. Tanguay.