(Québec) Un village du Lac-Saint-Jean veut se lancer dans la production de cannabis pour renflouer ses coffres, et rêve même de produire un jour des bleuets chocolat-cannabis, ou encore de la tourtière du Lac « spéciale ».

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La municipalité des Desbiens est aux prises avec une décroissance de sa population. Son budget est extrêmement serré et les élus ne disposent que d’une dizaine de milliers de dollars de marge de manœuvre chaque année.

Le village tente donc par tous les moyens de garder la tête hors de l’eau. En septembre dernier, il a par exemple accueilli le Championnat du monde de pétanque.

Mais après le pastis et le cochonnet, voilà que Desbiens, 1067 habitants, se tourne vers une filière qui a particulièrement la cote au pays : la production de cannabis.

La municipalité est en train de finaliser l’achat d’une usine désaffectée, a révélé hier Le Quotidien. Elle ne veut pas seulement attirer des producteurs sur son territoire. Desbiens entend être un copromoteur du projet à hauteur de 33 %, et toucher des dividendes pour lui permettre de payer l’enlèvement des ordures, l’entretien des chemins et d’autres services municipaux.

« Je vois ça un peu comme les revenus de barrages hydroélectriques que touchent certaines municipalités. Sauf que c’est du cannabis », dit le maire Nicolas Martel en entrevue téléphonique.

Production et transformation

La municipalité est en train d’acquérir l’ancienne usine Glassco pour 300 000 $. Initialement une papeterie, l’usine se cherche une vocation depuis 20 ans. Plusieurs projets ont avorté.

La production de cannabis va se faire à l’intérieur, « dans des conditions super contrôlées ». Le maire de Desbiens dit vouloir terminer la mise aux normes de l’immeuble d’ici l’automne, pour ensuite demander un permis au gouvernement fédéral et commencer la production le printemps prochain.

« On a des gens qui parcourent des colloques à travers le monde pour regarder les meilleures initiatives, explique M. Martel. On travaille avec de jeunes promoteurs de la région et l’investissement est là. »

À terme, Desbiens aimerait avoir une usine de transformation du cannabis. « Je pense au chocolat aux bleuets, par exemple », dit le maire, qui n’exclut pas non plus de produire un jour une tourtière du Lac-Saint-Jean au cannabis.

Le gouvernement canadien n’a pas encore expliqué en détail comment il entend légaliser les produits alimentaires à base de cannabis.

L’initiative de Desbiens pourrait toutefois se heurter aux lenteurs de la bureaucratie. En date du 31 mars dernier, 614 demandes de permis de production étaient en attente dans les classeurs de Santé Canada.

Le gouvernement a depuis resserré le processus : aucune demande ne sera acceptée tant que le lieu de production ne sera pas conforme aux normes. C’est ce dont Desbiens entend s’assurer cet été.