Près de six ans après la tragédie qui a secoué leur municipalité, les Méganticois se portent mieux, mais restent fragiles. Des leçons peuvent d’ailleurs être tirées de la gestion de ce drame, avance une enquête publiée sur le sujet.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Réalisée par l’équipe du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie–Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, en collaboration avec la Chaire de recherche sur les évènements traumatiques, la santé mentale et la résilience des individus de l’Université du Québec à Chicoutimi, l’Enquête de santé populationnelle estrienne 2018 trace un portrait de l’évolution de la santé des résidants de Lac-Mégantic, de ceux des municipalités environnantes et de ceux du reste de l’Estrie en 2014, 2015 et 2018. Le tout pour analyser l’incidence du déraillement du train du 6 juillet 2013, qui a fait 47 morts et détruit une partie de la ville.

« Nous sommes très heureux de voir que, pour la première fois [depuis les évènements de 2013], Lac-Mégantic ne se distingue plus dans la région, c’est une belle amélioration », a indiqué au téléphone la directrice de santé publique en Estrie, la Dre Mélissa Généreux.

La perception de l’état de santé général des Méganticois s’est ainsi améliorée depuis les données recueillies en 2014 et en 2015. Si, en 2015, 19,3 % des résidants de Lac-Mégantic estimaient leur état de santé comment étant mauvais ou passable, ils étaient seulement 11,3 % à avoir cette impression en 2018. Les données ont été recueillies auprès de 1600 adultes de la région – 800 en Estrie et 800 dans la MRC Le Granit, dont 261 à Lac-Mégantic. Les participants ont été sélectionnés au hasard pour chaque année de l’étude, afin d’offrir un portrait de la région plutôt que l’évolution de santé d’une même personne.

Séquelles

Le drame a tout de même laissé d’importantes séquelles. « Lorsqu’on mesure les manifestations du stress post-traumatique, ça demeure très présent sur ce plan », souligne la Dre Généreux. Elle remarque que les gens sont « très à fleur de peau, très fragiles » et qu’une source nouvelle de stress ravive les sentiments.

La Dre Généreux estime qu’il faut tirer des leçons de l’expérience de la communauté. « On a une population vieillissante, on a des gens qui vivent de plus en plus isolés, dans des situations de défavorisation. Ça fait en sorte que le risque attaché à une catastrophe va être de plus en plus grand. Il faut se préparer, parce qu’on sait que ça va arriver », dit-elle, en incluant les conséquences des changements climatiques au nombre des possibles crises.

Elle dit d’ailleurs avoir reçu des appels de municipalités lors des inondations du printemps dernier pour avoir des conseils. La leçon à retenir, selon elle ? Les différentes organisations devraient communiquer davantage. Et, surtout, être à l’écoute des citoyens touchés. « Ce sont eux qui sont au cœur de tout ça », ajoute-t-elle.