La Société des traversiers du Québec (STQ) a finalement mis la main sur un traversier de relève pour la desserte Matane-Baie-Comeau-Godbout, mais les usagers devront attendre au moins jusqu’en juillet avant d’y embarquer.

Pierre Saint-Arnaud
La Presse canadienne

Le président-directeur général par intérim de la STQ, Stéphane Lafaut, a annoncé mercredi que la Société avait fait l’acquisition au coût de 39 millions du Saaremaa, un navire construit en Norvège en 2010 dont la capacité est de 160 voitures et 600 passagers, soit un peu moins que le F. -A. -Gauthier, qui peut accueillir 180 véhicules et 800 passagers.

Cependant, le navire se trouve présentement en Allemagne et doit subir des réparations à la suite d’une collision avec un cargo survenue le 26 mars.

« L’offre d’achat de la STQ était conditionnelle à la remise en état complète du navire », a précisé M. Lafaut, notant avec dépit que ces réparations apparemment mineures « ont causé un délai supplémentaire de plus de deux semaines ».

M. Lafaut a néanmoins précisé que la traversée de l’Atlantique est imminente.

« Le navire prendra vraisemblablement la direction du Canada au début de la semaine prochaine, sous réserve de conditions de navigation favorables. »

Traversée et « canadianisation »

L’odyssée ne sera toutefois pas une sinécure ; on a prévu un mois pour rallier le Canada avec ce navire, qui n’est pas conçu pour une telle traversée.

Et la STQ n’a voulu prendre aucun risque, laissant celui-ci entre les mains du vendeur. « Nous avons exigé, avant la signature de l’offre d’achat, que la responsabilité du convoyage du navire incombe au vendeur », a précisé M. Lafaut.

Le Saaremaa est donc attendu à Québec à la mi-mai, où il devra d’abord être soumis à une série de procédures administratives — dédouanement, enregistrement, changement de pavillon, etc. — avant de subir une cure de « canadianisation », c’est-à-dire « des dizaines de travaux de toutes sortes » afin de le mettre aux normes maritimes canadiennes.

M. Lafaut a expliqué que, par exemple, des modifications devaient être apportées aux écoutilles de sorties de secours, aux rampes de véhicules, aux systèmes de protection contre les incendies et aux systèmes de navigation.

Par la suite, la STQ devra former les équipages, mener des exercices en mer et à quai, installer les services aux clients et ainsi de suite.

Normalement, la Société des traversiers met 12 semaines avant de mettre en service un nouveau navire, et ce, après sa « canadianisation ».

Devant l’urgence de la situation, cependant, M. Lafaut a affirmé que la STQ entend réaliser toutes ces démarches en parallèle en huit semaines, de sorte que le Saaremaa serait prêt à faire œuvre utile à compter de la mi-juillet si tout va bien.

Pas de raccourcis ; nouvelles options

Cependant, le PDG a bien averti que son échéancier n’est pas coulé dans le béton et qu’il est « hors de question de tourner les coins ronds ».

« Même si nous avons tous très hâte que le Saaremaa soit en service, il est hors de question qu’il prenne la mer, ne serait-ce que pour des exercices, si nous ne sommes pas pleinement satisfaits et convaincus que la formation des équipages est adéquate et que l’opération du navire est entièrement sécuritaire. »

Entre-temps, le service de navette aérienne sera maintenu, le traversier CTMA Voyageur, lui, continuera à faire la desserte en maintenant la priorité aux camions jusqu’au 31 mai et M. Lafaut a fait part de son intention d’utiliser le Félix-Antoine-Savard par la suite.

Ce dernier est normalement en service l’été seulement à la traverse Tadoussac-Baie-Sainte-Catherine et est beaucoup plus petit, sa capacité n’étant que de 70 véhicules et de 376 passagers.

De plus, la STQ encourage les usagers à utiliser la traverse Rivière-du-Loup-Saint-Siméon, qui est déjà en service depuis le 12 avril, et deux autres traverses dans la région, celles de Rimouski-Forestville et de Trois-Pistoles-Les Escoumins, beaucoup plus près celles-là, ont accepté de devancer leurs saisons respectives d’un mois afin d’augmenter le nombre d’options.

Ainsi, la traverse Rimouski-Forestville a repris ses activités le 15 avril, alors que celle reliant Trois-Pistoles à Les Escoumins doit reprendre le 19 avril si les conditions le permettent.

En tout, ces trois traverses offriront un total de 14 traversées par jour en moyenne, avec une capacité totalisant 850 véhicules et 3800 passagers.

Apollo : sort en suspens

L’aventure de l’Apollo, ce traversier acheté d’urgence pour pallier à une situation critique, aura quant à elle coûté jusqu’ici 3,5 millions à la STQ.

Stéphane Lafaut garde espoir de revendre le navire, mais assure qu’il lui faudra un acheteur sérieux capable de fournir des garanties à l’effet qu’il ne sera pas abandonné sur une rive quelque part pour devenir une épave polluante.

À défaut de trouver cet acheteur, on demandera des soumissions pour son démantèlement.

Le dernier accident de l’Apollo, qui avait heurté le quai de Matane le 17 mars, avait révélé des vices cachés identifiés par les enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports qui tendaient à démontrer que le vendeur du navire, Labrador Marine, avait refilé un traversier en mauvais état. M. Lafaut n’a pas caché que la STQ se penche sur d’éventuels recours légaux à l’endroit de Labrador Marine.

F. -A. -Gauthier : le mystère demeure entier

Toute la saga de la traverse Matane-Baie-Comeau-Godbout découle d’une avarie au traversier F. -A. -Gauthier, qui doit normalement assurer cette liaison

Celui-ci a été envoyé en cale sèche au chantier maritime Davie, de Lévis, au début de janvier, à la suite d’une première interruption de service en décembre.

Ce navire flambant neuf, acheté en 2015 au coût de 175 millions, est aux prises avec des problèmes de vibrations anormales de ses propulseurs.

Ceux-ci ont été entièrement démontés, mais M. Lafaut a dû reconnaître que l’on n’avait pas réussi à trouver la cause du problème et qu’ils devront être soumis à tests supplémentaires « qui devront vraisemblablement se faire en Europe ».