La construction du nouvel amphithéâtre de Trois-Rivières, le plus important projet de développement de la décennie dans la région, est entachée d'une série d'irrégularités, prétend un des principaux artisans de sa réalisation. À l'approche des élections municipales, l'entreprise ADF affirme notamment que d'importants dépassements de coûts ont été cachés et que des factures ont été laissées en souffrance par la Ville.

Publié le 5 sept. 2013
Vincent Larouche, Paule Vermot-Desroches LA PRESSE

ADF, fabricant de superstructures d'acier de Terrebonne, s'est rendu célèbre l'an dernier lorsque son président Jean Paschini a pris en «otage» l'antenne du nouveau World Trade Center de New York. Il cherchait ainsi à se faire payer 25 millions de dollars réclamés au promoteur américain. Et il avait eu gain de cause.

Cette fois, l'entrepreneur menace d'entreprendre des recours juridiques contre la Ville de Trois-Rivières, voire d'arrêter complètement les travaux d'érection de la charpente du futur amphithéâtre. Les avocats de M. Paschini énumèrent ses griefs dans une mise en demeure envoyée directement au maire Yves Lévesque mardi, et que La Presse et Le Nouvelliste ont obtenue.

Selon ADF, plusieurs changements aux plans initiaux de l'amphithéâtre ont dû être apportés, ce qui engendre des coûts additionnels.

Normalement, ces changements au contrat doivent être approuvés par la Ville, et le conseil municipal doit voter de nouveaux crédits pour leur réalisation, explique l'entreprise. Dans les faits, ils ne l'ont pas été. Les dépassements de coûts n'ont même jamais été révélés publiquement.

L'entreprise ADF dit avoir accepté de poursuivre son travail avant que les instances concernées approuvent les changements, parce qu'elle avait l'assurance que tout rentrerait dans l'ordre rapidement. Le gérant de projet insistait pour que les travaux se poursuivent et il continue d'insister aujourd'hui, même si certains documents cruciaux n'ont toujours pas été soumis au conseil municipal.

L'entreprise de Terrebonne exige également le paiement rapide d'une somme de 1,8 million qui n'aurait pas été acquittée par la Ville. ADF déplore aussi que l'analyse des coûts additionnels à rajouter aux plans initiaux du consortium Dessau-Pluritec soit réalisée par Verreault, une société soeur de Dessau.

«Il semble évident que Verreault et Dessau n'ont pas suffisamment de distance par rapport à la conception pour procéder à l'analyse objective des changements résultant de la conception, sans être dans une situation de conflit d'intérêts réel ou apparent», prétend la mise en demeure.

Prudence à la Ville

À la Ville de Trois-Rivières, on se défend d'avoir voulu dissimuler quelque dépassement de coûts que ce soit.

Le maire Yves Lévesque et le directeur général Pierre Desjardins ont toutefois fait preuve de prudence dans leurs commentaires, car le dossier est entre les mains des avocats de la Ville.

«Nous sommes à évaluer le dossier en ce moment. Le contracteur dit que nous lui devons ce montant d'argent, c'est sa prétention», a signalé Pierre Desjardins.

Légalement, la Ville est forcée de faire affaire avec le plus bas soumissionnaire conforme lors de l'attribution d'un contrat de cette ampleur. Sans parler de ce cas précis, le maire a rappelé qu'il arrivait que des soumissionnaires soient très bas, et ajoutent par la suite des extras qui ne faisaient pas partie de leur proposition initiale.

«Ça n'en fait pas automatiquement des dépassements de coûts», ajoute Yves Lévesque, précisant que c'est alors au soumissionnaire de prouver que la somme supplémentaire est réellement attribuable à une erreur de la Ville.

Le maire s'est par ailleurs défendu d'avoir omis de présenter cette facture au conseil municipal dans l'espoir de régler le tout après les élections du 3 novembre. «C'est une poursuite, et eux prétendent qu'on leur doit cet argent. Ça n'a rien à voir avec les élections», martèle-t-il.

Quant aux rôles respectifs des sociétés soeurs Dessau et Verreault, une fois de plus, Pierre Desjardins a dit ne pas partager l'avis d'ADF.

Projet d'envergure

Le projet d'amphithéâtre est le plus important projet en développement depuis plus de 10 ans à Trois-Rivières. Le terrain, situé au confluent de la rivière Saint-Maurice et du fleuve Saint-Laurent, appartenait autrefois à une société papetière privée qui a fermé ses portes en 2000.

Lors de la fusion municipale, la Ville a voulu racheter ces terrains afin d'y établir un projet de condos de prestige et un amphithéâtre public de plus de 10 000 places. La construction a débuté il y a quelques mois, malgré une certaine opposition citoyenne portée par un groupe de sept conseillers municipaux. Le projet est aujourd'hui évalué à plus de 50 millions de dollars.