Jeudi dernier, pour se défendre, le maire de Saint-Jérôme, Marc Gascon, a lu devant une dizaine de journalistes une lettre qu'il disait avoir transmise au ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard. Or, le Ministère affirme à La Presse n'avoir jamais reçu une telle lettre.

Publié le 16 nov. 2010
Francis Vailles, Fabrice de Pierrebourg, André Noël LA PRESSE

Selon le maire, la lettre demandait au ministre une vérification administrative pour dissiper les doutes sur la gestion de sa Ville qui émanait des reportages de Radio-Canada, en juin.

«Monsieur le ministre. La présente constitue une demande à l'effet de procéder à la vérification administrative du processus d'attribution de contrats par la Ville de Saint-Jérôme. Des allégations absolument non fondées portent ombrage à la bonne réputation de la Ville. Je vous demande de produire un avis ministériel sur nos pratiques», a-t-il lu devant micros et caméras.

Le ministère des Affaires municipales ne trouve nulle trace de cette lettre. «Après des vérifications d'usage, rien n'indique qu'on a reçu une telle lettre du maire Gascon», a dit la porte-parole, Émilie Lord.

Jeudi, la conférence de presse avait été convoquée pour répondre aux articles parus dans La Presse la veille, où il était notamment question de la maison du maire transformée par des entrepreneurs proches de la Ville. Ces entrepreneurs ont obtenu des millions de dollars de contrats au cours des dernières années.

Qu'il y ait eu lettre ou non, les vérifications en cours à la Ville de Saint-Jérôme n'ont pas été entreprises à la demande du maire, mais plutôt en raison du nombre de plaintes visant la municipalité, nous répète le Ministère, ce qui contredit aussi le maire Gascon.

Confiance brisée, dit le PQ

Plus tôt en matinée, le député péquiste de Prévost, Gilles Robert, a à nouveau exigé que Marc Gascon se retire de toutes ses fonctions. «Le lien de confiance est brisé, je demande à Marc Gascon de se retirer», a martelé le député en conférence de presse. Il n'a pas voulu prononcer le mot «démission»: «C'est une décision qui lui appartient.»

Celui-ci a qualifié de «graves et troublantes» les dernières révélations sur le maire de Saint-Jérôme, en particulier sur les allégations de «copinage avec les entrepreneurs en construction».

Le député rappelle que Marc Gascon est aussi et surtout le président de l'Union des municipalités du Québec (UMQ). «Il représente les élus des grandes villes. Comment peut-il parler en leur nom? Le ministre Lessard va devoir se positionner», estime-t-il.

L'attaché de presse du ministre, Laurent Bourassa, réplique: «On ne sera pas le bourreau de Marc Gascon, mais pas son défenseur non plus. C'est aux élus de faire le choix de se retirer ou pas. M. Gascon choisit de rester, on respecte ça.»

En même temps que la conférence de presse du PQ, l'UMQ a diffusé un communiqué dans lequel Marc Gascon explique pourquoi l'organisme change d'avis et réclame une enquête publique sur la construction. «Un drôle de hasard», a réagi le député Gilles Robert.

Pas plus tard que jeudi dernier, Marc Gascon avait déclaré que cette enquête ne lui semblait toujours pas nécessaire. Une position qui est aussi défendue bec et ongles par la FTQ et le gouvernement Charest.

«L'UMQ croyait que les enquêtes policières allaient donner des résultats plus rapidement, se justifie Marc Gascon dans son communiqué. Aujourd'hui, on constate que le climat de suspicion à l'égard de l'industrie de la construction se propage jusqu'aux élus municipaux et l'on considère que c'est malsain pour la démocratie.»

Le maire Gascon n'a toujours pas communiqué les factures de construction de sa maison qu'il s'était pourtant engagé à nous fournir. Il n'a pas répondu à nos demandes d'entrevue.