Il y a trois ans, le gouvernement a annoncé que le CHUM serait construit en utilisant le mode de partenariat public-privé (PPP). Une méthode permettant, selon lui, de se prémunir contre les dépassements de coûts. Le consortium choisi devra financer et construire l'hôpital. Il restera propriétaire du bâtiment et en assurera l'entretien pendant 30 ans. Le CHUM lui paiera un loyer. Depuis, la crise a éclaté et les consortiums peinent à trouver du financement. Le gouvernement devra avancer ou garantir des fonds. Des économistes, des médecins, des architectes affirment qu'il faut abandonner le mode PPP pour un projet de cette envergure. Voici le pour et le contre.

André Noël LA PRESSE

Q: Pourquoi construire les centres hospitaliers universitaires de l'Université de Montréal (CHUM), de l'Université McGill (CUSM) et mère-enfant (Sainte-Justine) en utilisant le mode de partenariat public-privé?

 

R: On n'avait pas d'autre choix que de les faire en PPP. Il s'agit de projets très complexes. Les Québécois n'ont pas construit d'hôpitaux universitaires depuis très, très longtemps. Si on les faisait en mode conventionnel, on n'aurait pas les meilleures personnes du monde entier qui sont ici, en ce moment, en train de se concurrencer pour trouver les meilleures solutions.

En mode conventionnel, on aurait commencé à creuser sans savoir ce qu'il y a dans le trou, et ça aurait été comme un autre projet d'infrastructure. Le vérificateur général vous aurait dit que les hôpitaux auraient pu se ramasser comme les nouveaux CHSLD (centres hospitaliers de soins de longue durée), avec des dépassements de coûts de 50%.

La décision a été prise en se posant ces questions: est-ce qu'on peut se permettre de ne pas transférer une partie importante du risque? Est-ce qu'on peut se permettre d'avoir un chantier au centre-ville qui dure 15, 20 ou 25 ans de construction?

Q: Est-ce que les conditions ont changé depuis la décision de construire le CHUM en PPP? Avec la crise, les sociétés privées ont de la difficulté à trouver du financement sur des périodes de 30 ans...

R: Le Québec semble être le seul endroit où on détermine que les PPP, ça ne fonctionne plus, parce que difficile signifie impossible. En ce moment même, des projets sont lancés en PPP partout dans le monde. Les gouvernements partagent les risques avec le secteur privé.

Le gouvernement québécois peut supporter une partie du risque financier. Plusieurs options sont possibles. Il peut verser une contribution à la fin des travaux. Ou encore avancer 250 millions de dollars sur un milliard. On travaille à des solutions avec le ministère des Finances. On a engagé la Banque Royale pour nous aider.

Q: Étant donné que les entreprises privées doivent payer des taux d'intérêt plus élevés que le gouvernement, est-ce que les projets en PPP ne finissent pas par coûter plus cher?

R: C'est vrai que ça coûte plus cher au privé pour se financer. Mais ce n'est pas le seul coût impliqué dans un projet en PPP. Un PPP, c'est comme une police d'assurance, qui nous protège contre les dépassements d'échéancier ou le travail mal fait.

Q: Un hôpital est un bâtiment vivant, qui évolue selon les besoins et les technologies. Pendant 30 ans, le CHUM devra s'adresser au propriétaire du bâtiment pour réclamer des changements. Un hôpital construit en PPP ne manquera-t-il pas de flexibilité?

R: Non. J'ai assisté à des ateliers techniques sur le CUSM. Les proposants nous ont déjà expliqué comment l'hôpital pourra changer. C'était fascinant. Il y a 10 ou 15 ans, les contrats en PPP étaient mal faits. Ce n'est plus comme ça. Quand le CHUM voudra faire un changement, il demandera un estimé des coûts et des échéanciers au consortium propriétaire. S'il n'est pas satisfait, il lancera un appel d'offres.

Q: Les appels de proposition pour des travaux en PPP sont beaucoup moins précis que des appels d'offres traditionnels. N'est-ce pas une invitation à rogner sur la qualité?

R: Pas du tout. En PPP, il y a une obligation de performance. Disons que mon type du privé (le consortium) qui fait l'hôpital décide de faire un plancher de moindre qualité, eh! bien, il est responsable de le maintenir en bon état pendant 30 ans. Si son plancher ne dure pas 30 ans, il devra le remplacer à ses frais. C'est dans le contrat.

Q: De plus en plus de professionnels, comme le président de l'Ordre des architectes, affirment qu'il n'est pas sage de commencer les PPP avec des projets aussi complexes que le CHUM. Votre réaction?

R: J'ai vu très peu de professionnels qui parlent ouvertement contre les PPP. Quant à l'Ordre des architectes et ses porte-parole, voyons de quoi ils se plaignent. Ils veulent un mode de construction qui leur permettrait d'être mieux rémunérés et d'avoir plus de temps pour travailler. Entre vous et moi, ce n'est pas exactement la poursuite du bien-être des contribuables, ça. Ils trouvent que les PPP ne leur permettent pas de faire autant d'argent qu'ils veulent.

Le président de l'Ordre n'est pas un expert en PPP, ni un expert en infrastructures. Il faut se demander: la personne qui parle sait-elle de quoi elle parle? N'importe qui, qui fait surtout des maisons unifamiliales à Boisbriand, et qui tente d'influencer un processus de plusieurs milliards de dollars d'infrastructures publiques... eh bien! il y a quand même une limite! Des gens se plaignent. Mais ils prennent ça où? Est-ce la peur de l'inconnu? Le fait est qu'il y a des centaines de PPP, en ce moment, qui fonctionnent très bien dans le monde.