L'ouverture d'une clinique de prescription médicale d'héroïne à Montréal entre 2005 et 2008 n'a pas eu d'effets fâcheux sur le voisinage, révèle une nouvelle étude de l'Université de Montréal. Les actes criminels et incivils n'ont pas augmenté durant ces années. Et contrairement à ce que craignait l'opinion publique, la présence de divers débris comme des seringues souillées, des bouteilles d'alcool vides et des condoms usagés dans les environs de la clinique n'a pas non plus augmenté.

Mis à jour le 18 févr. 2009
Ariane Lacoursière LA PRESSE

Le projet NAOMI de distribution médicale d'héroïne s'est déroulé durant trois ans à Montréal. En plus d'étudier l'impact sur les consommateurs de drogues, des chercheurs ont analysé les effets sur le voisinage. «Quand une clinique comme ça s'installe quelque part, il y a un gros phénomène de pas dans ma cour''. Les voisins craignent pour leur sécurité. On voulait voir si leurs craintes étaient justifiées», dit l'auteur de la recherche, le criminologue Serge Brochu. Le chercheur a interrogé une quarantaine de commerçants, de résidants, de policiers et d'employés de garderie du quartier. Il a également fait 150 marches de recension avant et après l'ouverture de la clinique pour comptabiliser les débris se trouvant dans un rayon de 200 mètres de l'établissement.Ces enquêtes ont permis de déterminer que la quantité de débris a diminué avec l'arrivée du programme de distribution supervisée d'héroïne. Et les activités déviantes comme le vagabondage, la sollicitation et la consommation de drogue en public n'ont pas augmenté. «On a eu accès aux données de la police sur les crimes et à tous leurs chiffres sur les activités dérangeantes. Il n'y a pas eu de hausse «, dit M. Brochu. Quand le projet NAOMI a pris fin l'été dernier, la chef du service de médecine des toxicomanies au CHUM, la Dr Suzanne Brissette, avait démontré que la clinique avait eu des effets bénéfiques sur les consommateurs. «Les dépendants aux opiacés qui n'avaient pas répondu aux approches traditionnelles comme la méthadone avaient des résultats positifs avec NAOMI», dit la Dr Brissette. Leurs activités criminelles avaient diminué de 36% et leur état de santé s'était amélioré de 20%. Mais malgré ces résultats, la clinique a fermé ses portes car le gouvernement n'a pas financé le projet. «Maintenant qu'on sait qu'il n'y a pas d'effets négatifs sur le voisinage, on a toutes les raisons de croire qu'il faut aller de l'avant», dit M. Brochu.