Paiera, paiera pas? Il a dit non pendant cinq mois, mais voilà qu'il a changé d'idée.

Émilie Côté LA PRESSE

Mardi dernier, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, est revenu sur sa décision et a accepté de payer les frais d'avocats des jeunes témoins blessés par balle lors de l'intervention policière qui a entraîné la mort de Fredy Villanueva, l'été dernier, à Montréal-Nord.

Cette volte-face ne sort pas de nulle part. Elle fait suite à la décision du coroner Robert Sansfaçon de suspendre son enquête publique pour cause d'«iniquité procédurale».

 

Mais s'il y a quelque chose dont Jacques Dupuis doit vouloir se reposer, ce week-end, ce sont les caméras et les journalistes qui l'ont gardé occupé à l'Assemblée nationale.

Toute la semaine, le ministre a été critiqué. La famille Villanueva et les partis de l'opposition ont exigé qu'il se retire du dossier. Mais Jacques Dupuis a dit «mettre de l'eau dans son vin». «La preuve: il (le coroner) m'a un peu tapé sur les doigts, et je me suis rendu à ses suggestions», a-t-il déclaré.

Me Alain Arsenault, l'avocat (non payé) de la famille Villanueva, qui n'a pas la langue dans sa poche, a même invité M. Dupuis à se fermer «la trappe». «Il nous a fait perdre six mois avec ses niaiseries, a vociféré Me Arsenault en entrevue avec La Presse Canadienne. Je pense qu'il jette délibérément de l'huile sur le feu. Peut-il se taire? Y a-t-il quelqu'un d'autre qui pourrait nous parler?»

Me Arsenault préférerait discuter avec la ministre de la Justice, Kathleen Weil. «Le ministre Dupuis n'a plus cette autorité pour quoi que ce soit. Je ne répondrai pas aux remarques du ministre Dupuis.»

Le Parti québécois, l'Action démocratique et Québec solidaire ont aussi demandé au premier ministre du Québec de retirer le dossier de Villanueva des mains du ministre de la Sécurité publique, mais Jean Charest a déclaré: «J'ai totalement confiance en Jacques Dupuis.»

La famille Villanueva veut que Jean Charest décrète la tenue d'une «commission d'enquête transparente au mandat large».

En attendant, l'enquête du coroner est suspendue indéfiniment et la famille Villanueva poursuit son boycottage.

Et pour ajouter à sa «grosse semaine», Jacques Dupuis a dû intervenir avant-hier pour défendre un collègue dans un tout autre dossier. Le PQ a demandé que le ministre du Travail démissionne parce que l'entreprise ABC Rive-Nord, dont il est actionnaire, fait des affaires avec le ministère des Transports. David Whissell s'est défendu, mais la leader adjointe de l'opposition officielle, Agnès Maltais, lui a lancé: «T'as pas fini, mon homme», a rapporté le Journal de Québec.

C'est là que Jacques Dupuis, en tant que leader parlementaire libéral, a réagi avec colère. «On appelle ça une menace, de l'intimidation!» a-t-il lancé, avant que les péquistes se mettent... à rigoler.

Mais Jacques Dupuis n'a pas fini de faire les manchettes au sujet de l'affaire Villanueva. «Dans le contexte actuel, ni moi ni le ministre ne commenterons davantage... même cette grosse semaine», nous a dit hier l'attaché de presse du ministre de la Sécurité publique.