Le «grand soir» de l'indépendance du Québec ne surviendra pas dans un avenir prévisible. En lieu et place, Pauline Marois proposera mi-juin sa «gouvernance souverainiste».

Denis Lessard LA PRESSE

Un gouvernement péquiste revendiquera d'être seul maître d'une série de compétences pour lesquelles le Québec partage actuellement le terrain avec Ottawa.

Pour illustrer les changements qui surviendraient au lendemain de l'élection du PQ, Mme Marois promettra que les Québécois «récupèrent tous leurs impôts». Il s'agit d'un morceau important du programme péquiste, qui définit l'indépendance comme les pleins pouvoirs sur «les impôts, les lois et les traités».

L'idée que les Québécois n'aient plus à remplir qu'une seule déclaration de revenus galvanise les militants péquistes depuis longtemps.

Ce réalignement, le «plan de match des prochaines années», sera dévoilé le 13 juin, à la «conférence des présidents» du PQ, tenue stratégiquement à Rivière-du-Loup, où aura lieu, neuf jours plus tard, une élection complémentaire.

Le PQ a déjà annoncé qu'il reportait au printemps 2011 le congrès d'orientation qui, normalement, aurait dû se tenir cet automne. Au moment du congrès, il se sera écoulé six ans depuis la dernière instance du PQ, en juin 2005, lorsque Bernard Landry a démissionné. Historiquement, le PQ tenait ses congrès aux deux ans.

Cette semaine à Québec, plusieurs députés ont assisté à un cocktail des anciens employés politiques du PQ. Pauline Marois y a promis un geste imminent pour «relancer la souveraineté».

Le plan auquel ont travaillé quelques députés - Alexandre Cloutier, Camil Bouchard et Pierre Curzi, notamment - a été présenté vendredi soir à la réunion du comité exécutif du parti, à Montréal. Pascal Monette, le directeur des communications du PQ, s'est refusé vendredi soir à tout commentaire.

Avec le PQ au pouvoir, le Québec voudra «faire des gains, avoir une position très autonomiste», sans attendre le «grand soir», explique-t-on dans les coulisses au PQ. La chef péquiste a déjà tâté le terrain avec plusieurs députés. Elle fera aussi valoir une liste de compétences, de la culture à l'agriculture, pour lesquelles le Québec devrait être seul maître à bord.

Plusieurs sources indiquent qu'elle ne proposera pas de gestes de rupture. En cas d'impasse, Mme Marois laissera entrevoir les «référendums sectoriels» qui constituaient la plateforme de Jacques Parizeau à son retour à la tête du PQ en 1987. En panne de stratégie en 2002, Bernard Landry avait aussi songé à dresser cette liste de revendications susceptibles d'être populaires auprès des électeurs, et on avait alors indiqué qu'un référendum sectoriel serait utilisé en cas de désaccord avec Ottawa.

Mme Marois ne voudra surtout pas préciser de moment où le référendum sur la souveraineté aurait lieu - pendant la campagne à la direction du PQ, en 2005, elle avait soutenu qu'il ne saurait y avoir de référendum avant deux ou trois mandats. Inversement, Mme Marois ne voudra pas s'engager à ne pas tenir de référendum, au cas où l'occasion se présenterait.

La stratégie ne remplacera pas l'objectif de la souveraineté obtenue par référendum mais donnera aux militants un plan de rechange dans une période où la souveraineté ne suscite guère d'enthousiasme - le Oui au référendum ne ferait guère mieux que les 40% de 1980, selon les plus récents sondages.

Il s'agit de rassurer les militants péquistes, dont le parti ne parvient pas à distancer clairement le gouvernement libéral, qui en est pourtant à son troisième mandat.