Les libéraux ont réussi une prise de choix. C'est l'économiste Clément Gignac qui sera le candidat de Jean Charest dans Marguerite-Bourgeoys. Doté d'une bonne notoriété comme analyste économique, M. Gignac ne sera pas nommé au Conseil des ministres avant l'élection partielle du 22 juin toutefois.

Denis Lessard LA PRESSE

Selon les informations réunies par La Presse, M. Gignac était venu bien près de faire le saut en politique aux élections de l'automne 2008. Il avait été courtisé aussi en 2003 et 2007. Après la tempête boursière l'automne dernier, il avait accepté de siéger à un comité de vigie du ministère québécois des Finances pour faire face à la crise économique qui s'annonçait.

Il avait tourné le dos à la politique alors parce qu'il venait d'être nommé conseiller principal au sous-ministre des Finances à Ottawa, après 20 ans à la Financière Banque Nationale où il était devenu économiste en chef en 2002. Il a été élu, l'an dernier, président de l'Association des économistes québécois.

«Il a toujours été considéré comme l'un des meilleurs stratèges et économiste au pays, pendant les 10 années ayant précédé son entrée dans la fonction publique», soulignait le communiqué du ministère fédéral des Finances, lors de sa nomination.

Deux coqs

Les téléspectateurs de tous les réseaux reconnaîtront vite M. Gignac, analyste incontournable lors des budgets tant à Ottawa qu'à Québec. Il préparait hier une conférence de presse qu'il a donnée ce matin, avec le premier ministre Charest. Au PLQ, on avait gardé cette annonce pour galvaniser les militants qui en fin de semaine seront réunis en conseil général à Laval.

Bonne nouvelle pour Jean Charest, cette annonce a une tout autre consonance pour Raymond Bachand, qui occupe le portefeuille des Finances, un poste taillé sur mesure pour M. Gignac.

Des sources fiables au PLQ insistent: M. Charest n'a pas l'intention de déloger M. Bachand des Finances toutefois.

Ce dernier sera délesté rapidement de la partie «Développement économique» de ses fonctions - comme l'indiquait La Presse, plus tôt cette semaine.

M. Bachand a fait savoir tout récemment qu'il ne serait pas du gala des Mercuriades, organisé par la Fédération des chambres de commerce, normalement un passage obligé pour le responsable du Développement économique. C'est Pierre Arcand, le titulaire des Relations internationales, qui le remplacera; Jean Charest s'est annoncé à la dernière minute à cet événement.

Lors de la partielle dans Jean-Talon, à l'automne 2008, le candidat libéral Yves Bolduc avait été nommé ministre de la Santé avant même d'être élu. Jean Talon restait une circonscription incertaine, explique-t-on, on voulait donner toutes les chances d'être élu au médecin Bolduc, qui avait de gros souliers à chausser - c'était la circonscription de Philippe Couillard. Ce ne sera pas le cas dans Marguerite-Bourgeoys. Dans l'ancienne circonscription de Monique Jérôme-Forget, la candidature libérale est un ticket garanti vers l'Assemblée nationale.

L'arrivée de Clément Gignac sur les banquettes libérales accélérera les spéculations sur un remaniement rapide du cabinet. Le scénario le plus probable reste une petite chaise musicale à la fin de la session parlementaire, juste avant la Saint-Jean et le départ pour les vacances estivales.