Le régime de retraite des travailleurs de la construction est depuis longtemps en difficulté. Mercredi, il sera en crise.

Mis à jour le 23 févr. 2009
Denis Lessard LA PRESSE

Les pertes de la Caisse de dépôt et placement replongeront profondément en déficit le fonds qui assure la retraite des 130 000 employés de ce secteur névralgique du Québec.

Selon les informations obtenues par La Presse, les entrepreneurs et les syndicats de la construction, impuissants, ont vu fondre de 20% en 2008 le bas de laine de 11,7 milliards constitué des cotisations des employeurs et des salariés.

 

C'est le branle-bas de combat à la Commission de la construction du Québec (CCQ) qui, le jour même où la Caisse de dépôt divulguera ses chiffres, mercredi, tiendra une réunion spéciale de son conseil d'administration pour discuter des orientations à prendre. L'ensemble du gouvernement sera ce jour-là en état d'alerte; Québec annoncera la tenue d'une commission parlementaire spéciale où l'ancien président Henri-Paul Rousseau sera appelé à témoigner, a appris La Presse. En revanche, on reportera les mauvaises nouvelles; la vaste consultation sur l'avenir du Régime de rentes du Québec, qui devait avoir lieu l'an dernier, ne se tiendra pas avant l'automne 2009.

En 2004, le secteur de la construction qui assure 1 emploi sur 20 au Québec avait dû administrer une médecine de cheval à son régime de retraite collectif pour que le régime reprenne la voie de la solvabilité.

Pour juguler un déficit de 1,3 milliard en 2004, les employeurs avaient consenti une augmentation majeure de leur contribution aux caisses de retraite, une hausse de 43%. Avec 3,50$ par heure travaillée, sur 1,4 million d'heures par année, c'est plus d'un milliard qu'on avait injecté dans les coffres, en trois ans, dans le but de rééquilibrer le régime. L'impact était important; on estimait que le coût moyen d'une maison neuve en serait augmenté de 1500$.

Or, avec la gestion catastrophique de la Caisse de dépôt en 2008, non seulement ces efforts sont réduits à néant, mais on se retrouve avec un déficit qui a doublé, à 2,5 milliards, révèlent à La Presse des sources fiables dans l'industrie de la construction.

Comme déposant à la Caisse de dépôt, le Régime supplémentaire de rentes pour les employés de l'industrie de la construction devra encaisser un recul de 20% de la valeur de ses placements, et, à ce titre, est moins durement touché que d'autres déposants tels la Régie des rentes et le REGOP, le régime de retraite des fonctionnaires, qui avaient respectivement 37 et 40 milliards déposés à la Caisse en décembre 2007.

Pour l'ensemble de son portefeuille, la Caisse annoncera, mercredi, un rendement négatif de l'ordre de -26%, confie-t-on.

Dans le secteur de la construction, la situation est toutefois beaucoup plus problématique. À compter de janvier 2005, le secteur était passé d'un régime à «prestation déterminée» à un régime à «cotisation déterminée», un réalignement majeur pour les travailleurs qui prenaient leur retraite après cette date. Pour les salariés qui sont partis avant 2005, le montant des rentes mensuelles est «coulé dans le béton». Il en va tout autrement pour les autres, beaucoup plus vulnérables aux fluctuations de la valeur de leur bas de laine collectif. Les nouveaux retraités qui viennent de prendre des engagements coûteux sur la base de leurs prévisions de rentes risquent de se retrouver en situation délicate.

En 2004, le déficit était créé aux trois quarts - 850 millions - par la nécessité de prévoir les retraites à venir, celles ayant déjà été entreprises comptant pour 355 millions du déficit de 1,3 milliard. La CCQ affirme qu'il y a 200 000 employés de la construction, mais environ 130 000 peuvent être considérés comme employés réguliers. Avec la queue du baby-boom, on comprend que les sorties de retraite ne réduiront pas, tandis que le nombre de cotisants, et les heures travaillées, se replieront avec la récession qui débute.

Vers un retrait de la Caisse?

La Commission de la construction du Québec, qui rassemble toutes les associations patronales et les centrales syndicales, tiendra un conseil d'administration extraordinaire mercredi pour discuter de l'avenir de son régime de retraite.

Déjà, du côté patronal, des voix se font entendre pour suggérer que la cagnotte de la construction aurait été mieux administrée ailleurs qu'à la Caisse de dépôt. On évaluera même mercredi la possibilité de se retirer de la liste des déposants de la CDP. La CCQ administre certains fonds de façon autonome et son résultat pour 2008 a été de -10%, bien meilleur que celui de la CDP. Il est même meilleur que celui des caisses de retraite au Canada, dont le rendement avoisine les -16%.

Le gouvernement sera appelé, prévoit-on déjà, à revoir les règles actuarielles qui régissent actuellement l'ensemble des régimes de retraite. On ne peut aller au-delà de 15 ans actuellement pour arriver à un régime capitalisé - dont les caisses sont suffisantes pour couvrir théoriquement toutes les prestations pour tous les cotisants actuels. Allonger la période réduirait la pression à la hausse sur les cotisations.

Au surplus, la CDP facture chaque année ses services aux déposants; cela représente environ 25 millions par année pour le fonds de retraite des employés de la construction.