Jean Charest dit ne pas encourager ses ministres à accepter ou à solliciter des entrevues au Journal de Montréal, en lock-out depuis une semaine.

Sylvain Larocque LA PRESSE CANADIENNE

Mais son gouvernement n'entend pas expulser d'éventuels briseurs de grève des conférences de presse.

«Il va falloir juger au cas par cas, mais on n'encourage pas les ministres à accepter ou à solliciter des entrevues», a déclaré le premier ministre aux journalistes à Davos, où il participait au 39e Forum économique mondial.

«En même temps, on va respecter les lois, et ça inclut l'accès que (Le Journal de Montréal) a à l'espace public», a ajouté M. Charest, qui a aussi évoqué la «liberté de presse».

«On est conscients du conflit et de l'impact que ça a sur notre vie et notre façon de travailler», a-t-il soutenu, avant de préciser que le mot d'ordre du gouvernement serait le même que lors du lock-out au Journal de Québec. Le comportement des ministres avait alors été, selon lui, «prudent» et «responsable».

Le ministre du Travail, David Whissell, a pourtant accordé en décembre 2007 une entrevue au Journal de Québec, alors en lock-out, ce que l'opposition avait dénoncé.

Le premier ministre n'a pas indiqué si la règle s'appliquerait à Ruefrontenac.com, la publication en ligne du Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal.

«C'est du cas par cas», s'est-t-il borné à dire.

Débat

Le Parti québécois et Québec solidaire ont tous deux indiqué qu'ils bouderaient les demandes d'entrevue venant du Journal de Montréal. Pour sa part, l'Action démocratique du Québec n'en acceptera que si elles proviennent de «cadres établis» de l'entreprise. Ces derniers assurent actuellement la production du quotidien en l'absence des journalistes réguliers.

L'attitude à adopter face au conflit fait actuellement l'objet d'un vif débat. La semaine dernière, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a exprimé des «réserves» au sujet du boycott annoncé par les libéraux, les péquistes et Québec solidaire, craignant que la mesure ne nuise au droit du public à l'information.

Devant les protestations de certains, notamment le Syndicat des travailleurs de l'information de La Presse, la FPJQ a tenu à préciser qu'elle n'encourageait «personne à collaborer avec une entreprise de presse qui agirait dans l'illégalité» en recourant à des journalistes de remplacement autres que des cadres.

De son côté, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a décidé d'exclure de ses conférences de presse les journalistes du journal gratuit 24 heures, sous prétexte qu'ils alimentent le Journal de Montréal.

Jean Charest a par ailleurs exprimé le souhait que le conflit «se règle le plus rapidement possible». Cela est particulièrement important, à ses yeux, parce que le Journal de Montréal est un «média important» au Québec. Le gouvernement n'entend toutefois pas «s'immiscer» dans le litige, a-t-il dit.