Le gouvernement conservateur n'a pas l'intention de demander le rapatriement d'Omar Khadr même si la Cour suprême a jugé, la semaine dernière, que les droits du citoyen canadien détenu depuis sept ans à Guantánamo continuaient d'être violés et qu'Ottawa devait remédier à la situation.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

«Notre position n'a pas changé, a dit hier le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon. Nous respectons la décision de l'administration Obama de fermer la prison de Guantánamo tout en s'assurant que les détenus qui ont des charges retenues contre eux soient jugés devant la justice américaine. Nous allons attendre la décision des États-Unis et nous verrons ensuite quelles sont les prochaines étapes. On continue de suivre le dossier de près.»

Compte tenu de la gravité des crimes qui lui sont attribués - il est notamment accusé du meurtre d'un soldat américain -, le gouvernement a toujours refusé de rapatrier Omar Khadr, estimant qu'il était préférable de laisser la justice américaine suivre son cours.

Arrêté en 2002 en Afghanistan, Omar Khadr n'avait que 15 ans au moment des faits qui lui sont reprochés. «Nous continuons de lui fournir des services consulaires. Nous l'avons fait dans le passé, a ajouté le ministre Cannon. M. Khadr reçoit tous les services qu'on offre à n'importe quel autre citoyen.»

Or, selon l'opposition, le jugement de la Cour suprême était très clair: le statu quo n'est plus possible, le gouvernement doit faire quelque chose.

«À mon avis, c'est une question très importante, a souligné le député libéral Bob Rae. Il faut que le gouvernement nous dise ce qu'il va faire pour respecter la décision de la Cour suprême du Canada.»

Estimant qu'il n'était pas du ressort des tribunaux de dicter la marche à suivre au gouvernement en matière d'affaires étrangères, la Cour suprême a cassé, vendredi dernier, deux jugements d'instances inférieures qui sommaient Ottawa de demander aux États-Unis le rapatriement d'Omar Khadr, le dernier ressortissant occidental toujours détenu à Guantánamo.

Toutefois, les neuf juges du plus haut tribunal du pays ont affirmé à l'unanimité qu'Ottawa devait faire quelque chose pour mettre fin à la violation continue des droits du jeune prisonnier, qui sont garantis par la Charte des droits et libertés.

Bombardé de questions sur cette violation des droits du ressortissant canadien, le ministre a finalement renvoyé la balle à son collègue au cabinet, Rob Nicholson.

«Par rapport à la décision qui a été rendue par la Cour suprême, le ministre de la Justice est en train d'analyser ça et dès qu'il aura communiqué une démarche à suivre, ça va me faire plaisir de vous la faire connaître», a conclu Lawrence Cannon.