Le Premier ministre canadien Stephen Harper a nommé vendredi soir cinq nouveaux sénateurs conservateurs, ce qui le rapproche de son objectif de contrôler la chambre haute et d'y faire adopter ses projets de loi anti-criminalité et celui qui déboucherait sur un Sénat élu.

LA PRESSE CANADIENNE

Cette perspective est d'autant plus réelle que les libéraux, qui ont dominé le Sénat depuis 1997, verront cette année encore trois de leurs sénateurs partir à la retraite à l'expiration de leur mandat.

Les nominations de vendredi sont un nouveau pas vers la réalisation du programme du gouvernement, à savoir une législation renforçant la lutte contre la criminalité et l'avènement d'un Sénat élu démocratiquement, a souligné M. Harper dans une déclaration.

La chambre haute compte désormais 51 conservateurs, 49 libéraux et 5 indépendants.

«L'opposition a abusé de sa majorité au Sénat en bloquant et en vidant de leur substance des mesures sur la loi et l'ordre qui sont requises de toute urgence et qui sont fermement soutenues par les Canadiens», a poursuivi M. Harper.

Ces reproches d'obstruction sont rejetés avec véhémence par les Libéraux. En fait, sur 17 projets de loi anti-criminalité introduits lors de la dernière session parlementaire, deux seulement sont restés bloqués pendant plus de six mois au Sénat. Les autres sont morts de mort naturelle en décembre quand M. Harper a décidé de suspendre les travaux du parlement jusqu'en mars.

«Les nouveaux sénateurs s'engagent à promouvoir la sécurité des communautés et la justice pour les victimes de crime», a encore noté le Premier ministre.

Les cinq sénateurs, deux femmes et trois hommes, se sont prononcés aussi pour une démocratisation de leur chambre, en limitant notamment la durée de leurs mandats à huit ans. Aujourd'hui, les sénateurs canadiens peuvent garder leur fauteuil jusqu'à l'âge de 75 ans.

L'opposition libérale et de gauche a affirmé qu'en nommant des fidèles, le chef du gouvernement minoritaire avait violé un engagement pris lors de sa campagne électorale.

Lorsqu'il était dans l'opposition, M. Harper avait sévèrement dénoncé les libéraux pour avoir rempli le Sénat de leurs militants, organisateurs, partisans et financiers, et avait promis qu'il allait rompre avec cette habitude.

Mais, une fois au pouvoir, il semble avoir réduit ses ambitions en la matière, nommant par exemple au Sénat l'année dernière un fidèle collaborateur et porte-parole.

«Il est hypocrite de dire «Je ne ferai pas comme les libéraux» puis nommer (au Sénat) toute une tripotée de gens qui sont avant tout des loyalistes conservateurs», a lancé le chef des libéraux Michael Ignatieff.

Le leader du Parti néo-démocrate (gauche) Jack Layton a enfourché le même cheval. M.Harper, a-t-il dit, «a été élu en disant qu'il n'allait pas nommer des personnes non-élues, (mais) il a laissé tomber, il est revenu à l'ancienne politique».