Dans une critique à peine voilée envers le gouvernement du Québec, le premier ministre Stephen Harper a estimé qu'il fallait mettre de côté les «chicanes de compétences» et la lourdeur administrative afin d'accélérer le démarrage de projets d'infrastructures. Mais attention, il faut faire vite, prévient-il, parce que l'argent du fédéral ne sera pas disponible éternellement.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

«L'argent doit être dépensé rapidement, sinon, il sera perdu. Ces milliards de dollars ne seront pas disponibles pour toujours», a souligné M. Harper, hier, dans une allocution prononcée dans le cadre des assises annuelles de l'Union des municipalités du Québec (UMQ), à Gatineau.

 

«Les dépenses pour stimuler l'économie, prévues dans notre plan d'action économique, s'arrêteront à la fin de la récession, a-t-il ajouté. Nos déficits seront aussi importants qu'ils ont besoin de l'être pour nous aider à traverser cette récession. Mais nos déficits doivent être temporaires. Notre action doit être rapide et ciblée.»

En début de semaine, le ministre fédéral du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, avait carrément affirmé que les retards dans la mise en oeuvre des projets d'infrastructure étaient imputables directement à la lenteur administrative à Québec.

Le premier ministre québécois, Jean Charest, qui prenait aussi la parole devant les maires et conseillers municipaux rassemblés à Gatineau, a estimé que sa province était plutôt en avance sur les autres.

«On travaille avec le fédéral pour aller le plus vite possible. Tout le monde est conscient que dans la période de ralentissement, il faut investir aujourd'hui, a dit M. Charest. Je pense que tout le monde travaille de bonne foi. Toutes les provinces sont dans la même situation que nous. Mais je pense qu'on est plus avancé dans la signature des ententes.»

Ottawa et Québec ont par ailleurs confirmé la bonification des transferts aux municipalités de la taxe de vente sur l'essence. De 2010 à 2014, les municipalités recevront ainsi 2,6 milliards de dollars, soit une augmentation de 55% par rapport à ce qui avait été annoncé l'an dernier par M. Charest.

«C'est selon nous la meilleure façon de dépenser au niveau des infrastructures, s'est réjoui le président de l'UMQ, Robert Coulombe. Ça fait que chaque municipalité peut planifier à court et à moyen terme, plutôt que les autres programmes d'infrastructures, où les enveloppes sont octroyées en fonction du dépôt de projets.»

Il est par contre urgent d'agir, selon M. Coulombe, pour débloquer les fonds plus vite pour tous les projets qui ont été annoncés en grande pompe depuis des mois.

«En ce moment, les chèques, on ne les voit pas. On veut mettre en chantier des travaux rapidement. On est prêt. Étant donné qu'on a gardé la structure conventionnelle d'approbation pour s'inscrire dans les programmes de subventions, les délais sont trop longs», critique le président de l'UMQ, qui refuse toutefois de blâmer l'un ou l'autre des gouvernements.

S'adressant pour la première fois aux membres de l'UMQ, le premier ministre Harper a rappelé les nombreux investissements annoncés par son gouvernement pour des projets d'infrastructures.

L'opposition à Ottawa reproche au gouvernement conservateur d'annoncer des milliards de dollars, sans que l'impact ne se fasse toutefois sentir sur le terrain.