Afin de transformer des votes, de plus en plus nombreux, en députés élus, le NPD de Jack Layton lance une offensive québécoise en se dotant d'un groupe stratégique consacré à la province.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

Le chef néo-démocrate a créé cette semaine un poste de secrétaire principal pour le Québec, une première pour le parti qui ne compte qu'un seul député en sol québécois, depuis l'élection de Thomas Mulcair, dans Outremont.

 

«Dans les dernières trois élections générales, nous avons augmenté notre appui de 50 000 à 500 000 votes au Québec. C'est un accroissement très important. Mais on n'a pas réussi à convertir ces votes en plusieurs succès dans les circonscriptions», souligne le chef Jack Layton, en entrevue à La Presse.

C'est l'organisation sur le terrain qui a manqué, selon lui. «Ce qu'on doit faire, c'est créer un groupe chargé de développer notre stratégie pour percer au Québec. Ça veut dire chercher les candidats et les candidates, améliorer les capacités de nos organisations dans chaque comté, consolider l'appui qu'on a réussi à avoir et traduire de façon efficace cet appui dans des gains électoraux», ajoute le leader néo-démocrate.

Plus populaire au Québec

Au dernier scrutin, en octobre 2008, le NPD a en effet récolté davantage de voix au Québec que dans l'Ouest canadien.

«Nous avons eu un million de votes en Ontario, mais nous y avons gagné 17 sièges. Pour 50% de ça au Québec, on a seulement un siège», explique M. Layton, jugeant que si le Canada avait un système électoral de représentation proportionnelle, le NPD aurait pu faire élire au moins cinq ou six députés.

Karl Bélanger, l'attaché de presse du chef, coordonnera les activités du groupe stratégique pour le Québec, secondé par M. Mulcair, lieutenant politique de M. Layton dans la province et par la présidente de la section Québec, Françoise Boivin, ex-députée libérale et candidate du NPD dans Gatineau aux dernières élections. Chaque élément de l'organisation néo-démocrate (recherche, équipe politique, économique) aura un membre affecté au Québec.

La priorité sera d'abord pour les circonscriptions où le NPD a obtenu de bons résultats dans le passé. Dans quatre circonscriptions, les candidats néo-démocrates sont arrivés au deuxième rang en 2008: Gatineau, où Mme Boivin a perdu par seulement 1500 voix contre le candidat bloquiste; Repentigny; Rivière-du-Nord (dans les Laurentides) et Westmount-Ville-Marie, où le NPD avait présenté une candidate «vedette», la journaliste Anne Lagacé-Dowson, qui a finalement mordu la poussière contre le libéral Marc Garneau.

Si Jack Layton mise autant sur le Québec, c'est qu'il considère que les Québécois sont sensibles aux idées véhiculées par son parti. «On trouve les valeurs sociales-démocrates partout au Québec. Et nous sommes le parti pancanadien qui partage ces valeurs-là», estime le chef du NPD, bien conscient qu'il aura du travail à faire pour déloger le Bloc québécois dans plusieurs circonscriptions. Aussi, l'étoile du nouveau chef libéral Michael Ignatieff pâlira, croit-il, lorsque les Québécois réaliseront qu'il adopte «des positions davantage conservatrices que sociales-démocrates» par rapport à d'autres leaders libéraux dans le passé.

Les Québécois veulent du changement

«Je pense que beaucoup de Québécois cherchent un changement, dit M. Layton. C'est pourquoi je suis très optimiste qu'on peut percer dans quelques autres circonscriptions. Mais on ne peut pas le faire si on n'a pas une bonne organisation sur le terrain. On a maintenant un bureau au Québec, avec des Québécois et des Québécoises qui travaillent à plein temps pour nous et une équipe dans mon bureau à Ottawa. Avec ces efforts-là, je pense qu'on peut réussir à percer à l'extérieur d'Outremont.»

Le NPD tient en fin de semaine son conseil fédéral à Ottawa, afin de mettre au point sa stratégie pour les prochains mois. Une centaine de délégués de toutes les régions du Canada y participeront et pourront entendre l'allocution du conférencier Marshall Ganz, militant des droits civils et un des organisateurs de la campagne présidentielle de Barack Obama aux États-Unis. Le nouveau groupe stratégique pour le Québec a par ailleurs tenu sa première réunion, hier, afin de mettre en branle son organisation.