Les libéraux de Michael Ignatieff ont pris la tête dans les intentions de vote pour la première fois depuis les élections fédérales du 14 octobre, révèle un sondage exclusif réalisé par la firme Nanos pour le compte de La Presse et du Toronto Star.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Ce sondage, réalisé du 13 au 18 mars derniers auprès de 1002 Canadiens, accorde 36% des appuis au Parti libéral du Canada contre 33% au Parti conservateur de Stephen Harper. Le NPD recueille pour sa part 13% tandis que le Parti vert doit se contenter de 8%.

Au Québec, le Bloc québécois maintient sa première place dans les intentions de vote à 36%. Mais les libéraux, qui ont été boudés aux élections de 2006 et de 2008 par une forte majorité des électeurs de la Belle Province, reprennent du poil de la bête avec Michael Ignatieff: ils suivent le Bloc québécois de près avec 32%. Signe incontestable que le Parti conservateur a perdu des plumes depuis quelques mois au Québec, les troupes de Stephen Harper n'y obtiennent que 19% des appuis. Le NPD suit loin derrière avec seulement 7%.

Tendance lourde

Certes, l'avance de trois points de pourcentage que détient le Parti libéral sur le Parti conservateur à l'échelle nationale se trouve dans la marge d'erreur du coup de sonde (3,3 points, 19 fois sur 20), mais le président de la firme Nanos, Nik Nanos, estime qu'il s'agit d'une tendance lourde qui devrait inquiéter les conservateurs: «Depuis quelques semaines, l'appui au NPD est en baisse et les électeurs ont déserté ce parti au profit des libéraux. On assiste à une consolidation du vote anticonservateur qui profite au Parti libéral. C'est le pire des scénarios pour les conservateurs.»

Aux dernières élections, le Parti conservateur avait recueilli 38% des suffrages et remporté 143 sièges. Le Parti libéral, alors dirigé par Stéphane Dion, n'avait obtenu que 26% des voix - le pire score de toute son histoire - et récolté seulement 77 sièges. Pour sa part, le NPD s'était assuré de 18% des suffrages, un score qui lui a permis d'obtenir 37 sièges. Le Bloc québécois a remporté 49 sièges avec 38% des voix au Québec.

La donne est également en train de changer en Ontario, toujours au profit des libéraux de Michael Ignatieff. Dans cette province, qui détient plus du tiers des 308 sièges à la Chambre des communes, le Parti libéral consolide son avance dans les intentions de vote. Il récolte en effet 44% des appuis tandis que le Parti conservateur doit se contenter de 31%. Le NPD de Jack Layton arrive loin derrière avec 14%. Historiquement, le Parti libéral peut espérer remporter la majorité des sièges de cette province s'il détient au moins cinq points de pourcentage d'avance sur les conservateurs.

«Les libéraux ont réussi à augmenter leur avance en Ontario et c'est probablement le résultat de la crise économique. Dans le passé, les électeurs de l'Ontario ont eu plutôt tendance à être influencés par la situation économique et à punir les gouvernements sortants», a analysé M. Nanos.

Mince consolation pour Harper

Seule consolation pour les conservateurs, Stephen Harper est perçu par le plus grand nombre de Canadiens comme étant le meilleur leader pour occuper le poste de premier ministre avec 33%. Mais Michael Ignatieff, qui est aux commandes du Parti libéral depuis décembre seulement, commence à le chauffer sérieusement à ce chapitre: 27% des répondants le choisissent. Seulement 12% des personnes interrogées optent pour le chef du NPD, Jack Layton.

Mais au Québec, Stephen Harper semble être devenu un boulet pour son parti, selon Nik Nanos. En effet, seulement 14% des personnes interrogées estiment qu'il est le plus apte à diriger le pays, soit presque deux fois moins que Michael Ignatieff (26%). Même Jack Layton (19%) devance Stephen Harper.

«Les conservateurs ne peuvent compter sur la popularité de Stephen Harper au Québec pour augmenter leurs appuis dans la province », soutient M. Nanos.

Il faut noter toutefois que la marge d'erreur des résultats régionaux est plus élevée (6,2 points de pourcentage au Québec, 253 répondants) que celle des résultats nationaux. On peut consulter les résultats complets du sondage à www.nanosresearch.com. La firme Nanos est celle qui avait prédit avec le plus de précision les résultats des élections fédérales de 2004, 2006 et 2008.