Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, ne tarissait pas d'éloges sur le nouveau président des États-Unis, Barack Obama, hier, à la sortie d'une réunion plus longue que prévu, et au cours de laquelle les deux hommes ont abordé les dossiers d'Omar Khadr, celui de l'Afghanistan, de l'économie et de la frontière canado-américaine.

Hugo De Grandpré LA PRESSE

«J'ai été chanceux dans ma vie de rencontrer des personnes célèbres, a dit M. Ignatieff lors d'un point de presse. Certaines paraissent plus petites quand vous les rencontrez. Il était aussi grand que vous pensez qu'il l'est. Il a une très grande présence. Il est très gracieux. Il est très poli.»

 

M. Ignatieff s'est dit flatté d'apprendre que le 44e président des États-Unis, sans doute l'homme le plus populaire du monde en ce moment, avait lu ses livres. «C'était fantastique», a résumé le chef de l'opposition.

La conversation entre les deux politiciens a duré plus longtemps que prévu: environ une demi-heure, soit près de 15 minutes de plus que ce que le bureau du premier ministre avait d'abord alloué au chef de l'opposition.

Ils se sont rencontrés dans un salon de l'aéroport d'Ottawa. «On est entré dans le fond des choses sur le protectionnisme, sur la frontière et sur l'Afghanistan», a affirmé M. Ignatieff.

Ils ont aussi parlé du Canadien détenu à Guantánamo Bay, Omar Khadr, un sujet que le premier ministre Stephen Harper a refusé d'aborder.

«Je n'ai pas eu l'impression que la résolution de son cas était imminente. J'ai plutôt eu l'impression que le cas de M. Khadr fait partie d'une revue de tous les prisonniers, que le président est en train de faire une catégorisation afin de voir qui sont les dangereux, qui sont les moins dangereux.» M. Obama n'a pas précisé dans quelle catégorie était placé M. Khadr, a-t-il indiqué.

Sur l'économie, le chef libéral a réitéré son opposition à l'adoption d'une approche protectionniste par les États-Unis en matière d'échanges commerciaux.

«Il était très conscient des craintes des Canadiens, a dit M. Ignatieff sur les ondes de Radio-Canada. Il est contre. Il est pour le libre-échange. Et je crois que, malgré les clauses qui sont dans la législation du Congrès, si le gouvernement canadien travaille fort, je crois que l'on peut éviter les risques du protectionnisme.»

Cohésion en Afghanistan

Michael Ignatieff a été particulièrement enthousiasmé par sa discussion sur l'Afghanistan.

«La partie la plus intéressante pour moi était l'Afghanistan, a-t-il souligné. Je lui ai dit qu'il y a un manque de cohérence stratégique dans la politique de l'OTAN envers l'Afghanistan. Et lui, il riait à ce moment-là. Il a dit: «Oui, à la Maison-Blanche, nous pensons la même chose. C'est-à-dire qu'il y a un manque de vision stratégique».»

«La situation sécuritaire est en dégradation. La frontière avec le Pakistan n'est pas sécurisée. Nous perdons nos soldats. Et les Canadiens ne comprennent plus ce que nos faisons là-bas», a expliqué M. Ignatieff.

«Il faut regagner une cohérence stratégique.»

Après la rencontre, le Parti libéral s'est empressé de placer une photo de Michael Ignatieff avec Barack Obama sur le fil de presse. Et en fin d'après-midi, ils étaient heureux de dire que cette photo était brièvement apparue sur l'un des écrans de Times Square, à New York.

 

Michaëlle Jean

À son arrivée à Ottawa, Barack Obama a été accueilli par la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean. C'était la première poignée de main entre les deux premiers chefs d'État noirs des deux pays. Leur rencontre en compagnie de dignitaires et de conseillers a duré une vingtaine de minutes. Leur entretien était privé, mais ils auraient discuté d'Haïti - pays d'origine de Mme Jean où elle est retournée récemment pour une visite officielle- et de sa nouvelle première ministre, Michèle Pierre-Louis. - La Presse