Le premier ministre Stephen Harper promet à ses troupes de prendre tous les moyens nécessaires pour empêcher le gouvernement de coalition proposé par le Parti libéral et le NPD et appuyé par le Bloc québécois de prendre le pouvoir.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Derrière les portes closes lundi soir dans un hôtel du centre-ville d'Ottawa, M. Harper a promis à quelque 600 partisans réunis à l'occasion d'une soirée pour souligner le temps des fêtes qu'il n'a pas dit son dernier mot.

«Nous allons prendre tous les moyens légaux pour arrêter cette tentative antidémocratique de prendre le pouvoir», a affirmé M. Harper sur un ton fort combatif, selon un compte rendu obtenu par La Presse lundi soir.

M. Harper a aussi affiché la même détermination devant ses plus proches collaborateurs. «Ma toute première responsabilité est de m'assurer que les intérêts du Canada soient protégés», a affirmé le premier ministre à son entourage.

Le premier ministre n'a pas encore commenté publiquement le contenu de l'accord historique conclu entre le Parti libéral, le NDP et soutenu par le Bloc québécois pour former un gouvernement de coalition dirigé pendant au moins cinq mois par le chef libéral démissionnaire Stéphane Dion.

M. Harper a tenté de rassurer ses troupes en rencontrant son caucus sur le coup de midi sur la colline parlementaire. Selon des informations obtenues par La Presse, plusieurs députés l'ont encouragé à proroger le Parlement afin d'éviter que le gouvernement conservateur ne soit renversé à la Chambre des communes lors d'un vote de confiance prévu lundi prochain.

D'autres députés l'ont toutefois invité à la plus grande prudence à cet égard, estimant que cela mettrait fin subitement aux travaux parlementaires en pleine récession économique. «Il faut faire face à nos responsabilités», a fait valoir un député conservateur sous le couvert de l'anonymat.

Devant la gravité de la crise politique, d'autres députés encore ont imploré le premier ministre à prononcer un discours solennel devant la nation pour expliquer aux Canadiens, aux grandes heures d'écoute, le caractère inacceptable, selon eux, du projet de coalition entre les libéraux, les néo-démocrates et les bloquistes, qui sont toujours aussi déterminés à faire la souveraineté du Québec.

Les stratèges conservateurs ont indiqué que l'option d'un discours à la nation est sérieusement étudiée et pourrait avoir lieu avant vendredi. «C'est une option sur la table. Mais chose certaine, nous n'avons pas dit notre dernier mot», a expliqué un stratège.

Toutes les options

En soirée, le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, a indiqué que le gouvernement examinait toutes les options, donc celle de proroger le Parlement.

«Je viens de parler au premier ministre. Je veux dire à tous les Canadiens qu'il s'agit d'une situation très grave et sans précédent dans l'histoire du pays. Au nom de tous les Canadiens et au nom du gouvernement, je demande à tout le monde de prendre un peu de recul. C'est une tentative visant à imposer un gouvernement qui n'a jamais été élu aux Canadiens. C'est une coalition qui est soutenue par des séparatistes, des gens qui veulent briser le pays. C'est irresponsable et antidémocratique» a dit Jim Prentice.

Le ministre du Patrimoine, James Moore, a renchéri en disant que les libéraux, les néo-démocrates et les bloquistes doivent obtenir un mandat des électeurs avant d'aller de l'avant avec leur projet de coalition.

Le député albertain Deepak Obhrai a affirmé: «Jamais je n'aurais cru voir un jour Stéphane Dion, le père de la Loi sur la clarté, embarquer dans le même lit que les souverainistes».

Toute cette crise a éclaté après que le ministre des Finances, Jim Flaherty, eut déposé son énoncé économique jeudi dernier. Les trois partis de l'opposition ont vivement critiqué cet énoncé parce qu'il ne contenait aucune nouvelle mesure pour stimuler l'économie et parce qu'il proposait aussi d'abolir les subventions annuelles versées par l'État aux partis politiques.

Le gouvernement Harper a depuis fait quelques concessions, notamment en retirant sa proposition d'abolir les subventions aux partis et en devançant la date du budget au 27 janvier. Mais cela n'a pas suffi pour calmer la colère des partis de l'opposition.