En août dernier, quand Maxime Bernier s'est présenté à la résidence de la gouverneure générale pour être assermenté comme ministre des Affaires étrangères, tous les regards se sont portés sur sa partenaire, Julie Couillard, et sa robe audacieusement décolletée. Depuis, le premier ministre Stephen Harper a appris que cet ancien mannequin avait eu des relations suivies avec les Hells Angels dans les années 90.

Il n'était question que de ça, hier, à Ottawa. M. Bernier a cessé de fréquenter Mme Couillard il y a un certain temps, mais ils ont été vus encore ensemble il y a deux mois à une réception au Château Laurier, chic hôtel de la capitale. On ignore si Mme Couillard, 38 ans, a continué de côtoyer le milieu criminel depuis son divorce d'avec un ancien membre des Rockers de Montréal, en 1999.

Néanmoins, les chefs du Parti libéral et du Bloc québécois se sont dits préoccupés par cette liaison. Ce n'est pas la première fois que le ministre étonne les parlementaires, ont souligné des députés de l'opposition. M. Bernier a fait l'objet de moqueries quand il a été filmé en Afghanistan en train de distribuer des petits gâteaux Vachon aux soldats canadiens.

Plus récemment, il a été critiqué pour avoir ouvertement réclamé le départ du gouverneur de Kandahar, ce qui a été perçu comme une ingérence peu diplomatique dans les affaires d'un autre pays. Il y a quelques mois, il s'était attiré des railleries pour avoir dit que le président d'Haïti était Jean-Bertrand Aristide, alors que ce dernier a été chassé du pouvoir en 2004 et qu'il a été remplacé depuis par René Préval.

M. Bernier est perçu à Ottawa comme un ministre susceptible d'embarrasser Stephen Harper. Dimitri Soudas, attaché de presse du premier ministre, s'est montré peu loquace quand La Presse lui a demandé de commenter sa liaison avec Mme Couillard. «Contactez le directeur des communications de Maxime Bernier, a-t-il dit. En ce qui concerne le cabinet du premier ministre, ce n'est pas à nous de commenter.»

Neil Hrab, directeur des communications de M. Bernier, n'en a pas dit beaucoup plus. «Votre question (sur la liaison avec Mme Couillard) concerne une ancienne amie du ministre et vous devriez la contacter sur ce sujet, a-t-il dit. C'est une question privée.» Jointe chez elle, à Laval, Mme Couillard a dit: «Je n'ai rien à dire», puis elle a raccroché.

Un proche de Mom Boucher 

Mme Couillard a été la conjointe de Gilles Giguère, bras droit de l'usurier Robert «Bob» Savard, proche de Maurice Boucher, des Hells Angels Nomads. Elle a vécu avec lui pendant trois ans, jusqu'en 1996. La dernière fois qu'elle l'a vu, Giguère a quitté leur domicile de l'est de Montréal pour se rendre à un rendez-vous. Deux jours plus tard, on a retrouvé son corps criblé de balles à L'Épiphanie, dans un fossé longeant une petite route de campagne. Il aurait été éliminé parce qu'on le croyait passé dans le camp de la police.

Quatre mois auparavant, Giguère avait été accusé relativement à une affaire de complot de meurtre et d'extorsion d'une agente d'immeubles de l'ouest de Montréal. Également soupçonnée avec son père, Julie Couillard avait été arrêtée et détenue pendant 18 heures par les policiers de l'escouade Carcajou de la Sûreté du Québec. Elle a été relâchée et n'a jamais été accusée. Elle a porté plainte au Commissaire à la déontologie policière pour arrestation abusive.

Cette rocambolesque histoire, qui impliquait également le caïd Robert Savard (il a plus tard été lui aussi victime d'un meurtre), ainsi que l'ancien policier Gaétan Rivest et l'avocat Gilles Daudelin, s'est terminée en queue de poisson en Cour du Québec. Au moment de son assassinat, en pleine guerre des motards, Giguère attendait son procès pour la possession illégale de quatre mitraillettes et 50 livres de marijuana trouvés dans une cache de Montréal-Est.

Un an plus tard, Mme Couillard a épousé Stéphane Sirois, membre des Rockers de Montréal, le clan guerrier des Hells Angels Nomads. En 1997, Maurice Boucher lui donne un ultimatum: il devait choisir entre Julie Couillard et les Rockers. Sirois a quitté les Rockers et le trafic de drogue. Après avoir rompu avec elle, il a commencé à travailler pour la police en mars 1999, en infiltrant ses anciens compagnons d'armes. Son divorce a été prononcé trois mois plus tard.

Duceppe et Dion inquiets

Interrogé par les journalistes, hier, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a fait part de ses inquiétudes. «C'est préoccupant, a-t-il dit. On verra ce qui en est. Toute personne qui est avec un ministre doit faire l'objet d'une enquête de sécurité. Y a-t-il eu enquête ou pas? () Cette personne était-elle liée à des crimes ou à des personnes ayant commis des crimes? Est-ce que le ministre le savait? Est-ce que la GRC l'a vérifié? Est-ce que le premier ministre le savait?»

Stéphane Dion, chef du Parti libéral, a déjà été ministre. Un journaliste lui a demandé si, à sa connaissance, des enquêtes sont faites sur les conjointes des ministres lorsque ces derniers sont assermentés. «La réponse est oui, a dit M. Dion. Et c'est pourquoi M. Bernier et le gouvernement doivent s'expliquer et dire aux Canadiens si les précautions ont été prises au point de vue de la sécurité nationale ou pas.»