Quand ils arrivent au Québec, les immigrants se tournent massivement vers l'aide sociale dans leur première année ici. Mais ils en sortent plus rapidement que l'ensemble des Québécois, démontre une étude confidentielle du ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles.

Mis à jour le 8 oct. 2009
Denis Lessard LA PRESSE

Obtenu par La Presse, c'est l'examen le plus récent qu'a fait ce ministère, en collaboration avec la direction de la recherche du ministère de l'Emploi. Pour les auteurs, le recours des néo-Québécois à l'aide sociale devrait être considéré comme une «transition»

.L'étude «met en évidence l'importance de prévoir une forme d'aide à l'établissement» pour les nouveaux arrivants. L'enquête porte sur les 80 000 immigrés toujours résidants du Québec en 2006, dans la cohorte des 95 000 «travailleurs qualifiés» venus de l'étranger entre 1996 et 2004. Il s'agit du groupe pour lequel l'intégration à l'emploi est théoriquement la plus facile - les deux tiers des nouveaux arrivants environ.

Pas moins de 54% de tous ces immigrés ont reçu de l'aide sociale ou de l'assistance financière du ministère de l'Immigration.

Pour ce qui est du dernier tiers des immigrés, ils sont venus grâce au programme de réunification des familles ou pour des raisons humanitaires.

Le Québec ne les a pas sélectionnés et n'a pas de chiffres à leur sujet.

Le résumé de l'étude indique sans détour que «le recours à l'aide sociale des immigrants récents constitue un objet de préoccupation» pour Québec, surtout quand on constate qu'il s'agit de travailleurs qualifiés, les plus susceptibles de trouver un emploi - 89% d'entre eux ont un diplôme postsecondaire et 81% parlent le français. De plus, ils sont en plein dans leur période active - 90% ont entre 24 et 44 ans.

Au cours de la période donnée, le nombre des entrées a augmenté de 276% - donc presque triplé. Le nombre des immigrés qui ont eu recours à l'aide sociale a augmenté de 186%, en particulier dans certains groupes précis. Parmi les immigrés de 2004, environ 16 000 personnes - le quart, environ - ont recouru à l'aide sociale cette année-là. Si on compte l'ensemble des bénéficiaires de l'aide de dernier recours, 35% des immigrés en ont reçu en 2004, et 45%, par exemple, en 2002.

Les probabilités de se retrouver à l'aide sociale dans les 12 mois qui suivent l'arrivée au Québec varie énormément selon l'origine. Ainsi 78% des Algériens, 60% des Marocains et 55% des Roumains passent par l'aide sociale durant leur première année. Les ressortissants français sont environ 5% à le faire, et les Chinois encore moins.

Selon les auteurs de l'étude, environ 50% des néo-Québécois, toutes origines confondues, parviennent à «s'affranchir» de l'aide sociale moins d'un an après y être entrés.

«Ce qui nous rassure, là-dedans, c'est qu'on se rend compte que leur passage est temporaire» dit Claude Fradette, porte-parole du ministère de l'Immigration. Seulement 20% des demandeurs d'aide sociale en reçoivent toujours trois ans plus tard.

Or, quand on regarde les «natifs», des 225 000 personnes nées au Canada qui ont demandé de l'aide sociale entre 1996 et 2005, «on se rend compte qu'il y en a 25% qui sont toujours là». Il est clair toutefois que cette cohorte n'a pas du tout le même degré d'instruction que le groupe sélectionné par les fonctionnaires québécois. Chez les «natifs», 78% n'ont pas dépassé le secondaire, alors que, chez les travailleurs immigrés qualifiés, au contraire, 82% ont fait des études postsecondaires.

Après 10 mois d'aide sociale, les immigrés commencent à s'en libérer plus vite que les Québécois.

La ministre Yolande James n'a pas voulu commenter ces constats.