Huit féministes laïques, de culture musulmane, chrétienne ou autre, ont réclamé hier la tenue d'un débat sur la place de la religion dans l'espace public. Un constat s'impose, selon elles: le Québec doit se doter d'une Charte de la laïcité qui empêcherait, notamment, le port de signes religieux ostentatoires pour les fonctionnaires de l'État.

Mis à jour le 22 mai 2009
Judith Lachapelle LA PRESSE

Ces femmes - menées par l'auteure de Ma vie à contre-Coran, Djemila Benhabib, et la présidente du Mouvement laïc québécois (MLQ), Marie-Michelle Poisson - s'inscrivent contre la récente position de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) sur le port du voile. La FFQ s'est prononcée le 9 mai contre l'interdiction du port des signes religieux au sein de la fonction publique et des services publics québécois.

 

Il n'existe actuellement «aucune déclaration ou reconnaissance formelle de la laïcité de l'État, tant au Québec qu'au Canada», a déclaré hier Marie-Michelle Poisson. Pour le MLQ, une «véritable laïcité des institutions publiques» est garante d'une «saine gestion du bien commun» et du «maintien de la paix sociale». Les fonctionnaires - qu'ils délivrent des passeports, pratiquent dans un hôpital ou gardent des prisonniers - ont non seulement un devoir de stricte neutralité religieuse et politique (au sens partisan), mais aussi un devoir «d'apparence de neutralité». Le port d'un voile, d'une croix, d'un kirpan ou d'une kippa est une entrave à cette apparence de neutralité, selon le MLQ.

Le voile comme un asservissement

Une Charte de la laïcité entrerait nécessairement en conflit avec la Charte canadienne des droits de la personne qui garantit la liberté religieuse. C'est pourquoi, estiment les militantes, un consensus devra être atteint au Québec avant d'aller faire des représentations au fédéral pour faire amender la Charte.

Le port du voile est abondamment critiqué par les militantes laïques, particulièrement celles qui sont de culture musulmane. «Il faut arrêter de penser le voile comme une entité indépendante d'un système de valeur», a martelé Djemila Benhabib. «C'est un élément d'un système de valeurs rétrograde qui comprend aussi la polygamie et les châtiments corporels.»

D'autant plus, selon elle, que la tolérance face au voile entraîne d'autres revendications: heures de piscine séparées pour les hommes et les femmes, dispense d'un cours de biologie ou de danse qui contrevient aux valeurs religieuses... «Je dis non. Quand on vit dans une société, on doit respecter les valeurs de cette société.»

«Je ne crois pas au choix de porter ce voile, a dit l'architecte Hafida Oussedick, débarquée d'Algérie il y a plus de 20 ans. Comme par hasard, c'est un choix qui plaît au mari, au père, au frère, au voisin.» Le voile est, pour elle, «ni plus ni moins un instrument d'asservissement de la femme».

Le voile ne doit pas être banalisé, préviennent-elles. «Le Québec banalise la position des islamistes radicaux qui grignotent de plus en plus de terrain, a dit Fatma Djebbar, coordonnatrice de l'Association des parents de Côte-des-Neiges. La religion est une croyance personnelle que chacun vit de son côté sans nuire à l'autre.»

«Sans renier son histoire religieuse,le Québec doit devenir adulte, et laïc», a ajouté la professeure Marie-Andrée Bertrand, de l'Université de Montréal.

Mme Poisson l'a répété: le Mouvement n'est pas contre les religions, ni pour la destruction du patrimoine religieux. Le fameux crucifix de l'Assemblée nationale, dit-elle, doit être retiré et placé au musée. Les processions religieuses peuvent se manifester quand elles respectent les règlements municipaux. Hormis les représentants de l'État, les gens sont libres d'afficher leurs croyances pour autant qu'elles ne nuisent pas aux autres, selon le MLQ.