La Sûreté du Québec a rencontré hier Guy Gionet, l'ex-président de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité de la FTQ, dans le cadre du dossier d'un projet avorté de salle de spectacle dans la région de Québec.

Denis Lessard LA PRESSE

La police a procédé, hier, à trois perquisitions relativement à cette affaire, dont une aux bureaux de la SOLIM à Montréal. L'escouade mixte sur les crimes économiques a aussi frappé à une caisse populaire en banlieue de Québec, la caisse de Loretteville. La direction de cette caisse avait permis à la SOLIM, en décembre 2008, de récupérer 2,6 millions dans le compte de banque des Productions TIPI, qui poursuit actuellement l'institution bancaire.

 

Productions TIPI, firme dirigée par Laurent Gaudreau, l'ancien producteur d'Omerta, devait financer avec la SOLIM une salle de spectacles permanente au pied des chutes Montmorency, un projet de 14 millions.

Hier, Josée Lagacé, du Fonds de solidarité, a soutenu qu'il avait toujours été convenu que la SOLIM avait le droit de reprendre ses billes si elle estimait que le projet n'était pas viable.

Selon Mme Lagacé, l'entente commerciale signée avec Desjardins, le 12 décembre 2006, «permettait à la SOLIM, sur simple demande, de récupérer les sommes qui avaient été déposées temporairement et qui pouvaient être retirées en tout temps si le dossier ne se concrétisait pas, ce qui manifestement a été le cas».

Mais dans un avis transmis en août 2008, le contentieux du Mouvement Desjardins soutenait qu'aucun retrait ne pouvait se faire sans l'approbation des deux parties. Le procureur de la SOLIM, Me Louis Demers, qui s'est récusé depuis, avait soutenu à La Presse que les avocats de Desjardins s'étaient ravisés par la suite, sans toutefois produire de pièce.

Des sources à la caisse populaire indiquent que la seule pièce au dossier ramassé hier par la police vient plutôt corroborer la version du producteur Laurent Gaudreau - la SOLIM ne pouvait pas reprendre ses fonds unilatéralement. Le directeur de la caisse, Marcel Champagne, avait autorisé le retrait - la SOLIM s'était même engagée à prendre à son compte des poursuites éventuelles. Avec la controverse, M. Champagne a pris sa retraite, quelques semaines après avoir eu une promotion. M. Champagne a aussi eu à répondre aux questions des policiers hier.

Le Fonds de la FTQ soutient que le projet n'est pas viable, mais dans sa poursuite, M. Legault fait valoir que M. Gionet, le patron de la SOLIM, avait signé un contrat de 15 ans avec la Société des équipements de plein air du Québec (SEPAQ) pour l'utilisation du terrain où devait s'installer le chapiteau.

Perquisitions à répétition

C'est la quatrième fois en deux mois que la Sûreté du Québec se rend à la FTQ ou à une de ses constituantes pour y chercher des dossiers d'investissements. Elle s'est d'abord rendue à la FTQ-Construction, puis au Fonds de solidarité pour un dossier d'investissement. Mercredi, on a perquisitionné chez le syndicat des maçons - l'Association canadienne des métiers de la truelle - et on a frappé hier à la porte de la SOLIM.

«Le promoteur a porté plainte à la police, vraisemblablement pour mettre de la pression, ce qui nous apparaît déplacé, voire farfelu», a dit Mme Lagacé. Pour la police, l'intervention d'hier fait partie d'une enquête très large sur la pénétration du crime organisé dans l'économie.

Pour la porte-parole du Fonds, l'intervention d'hier n'a rien à voir avec le départ de M. Gionet mardi dernier. M. Gionet avait a dû quitter ses fonctions en début de semaine pour une autre controverse, l'achat par la SOLIM d'un bar de danseuses conjointement avec un sympathisant des Hells Angels, M. Ronald Beaulieu. Officiellement, le Fonds parle de départ volontaire, mais selon des sources syndicales, le nouveau conseil consultatif de la SOLIM n'a pas donné le choix au PDG.

Dans le dossier des Productions TIPI, l'un des intermédiaires de la SOLIM était Denis Vincent, un homme d'affaires de Mauricie, pilote d'hélicoptère, qui est aussi entré en contact avec les motards de la région de Trois-Rivières.

Il était une bonne connaissance de Jean Lavallée, l'ancien président de la FTQ-Construction, longtemps président du conseil de la SOLIM, avec qui il avait fait des voyages de pêche dans le nord du Québec. M. Vincent avait d'autres projets avec la SOLIM, à Québec, notamment le projet de réfection d'un ancien poste de tri de Postes Canada, réaménagé pour Telus. Il a aussi dû répondre aux questions de la police hier.