Tout porte à croire que des fouilles à nu virtuelles auront bientôt lieu dans les aéroports canadiens. Malgré la controverse mondiale qu'ils génèrent, des scanners capables de voir à travers les vêtements seront installés dans sept aéroports du pays d'ici 2010, confirme l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA).

Mis à jour le 6 mai 2009
Tristan Péloquin LA PRESSE

Déjà implantée dans certains aéroports des États-Unis et d'Europe, cette technologie a fait l'objet d'essais à l'aéroport de Kelowna l'an dernier, dans le cadre d'un projet pilote coordonné par l'ACSTA. En balayant les passagers d'ondes radio millimétriques, le scanner, qui ressemble à une cabine d'ascenseur, reconstitue une image en trois dimensions du corps. L'image ainsi obtenue permet de révéler le moindre objet dissimulé sous les vêtements, mais dévoile aussi aux agents de contrôle de l'ACSTA plusieurs détails anatomiques des passagers, dont les organes génitaux.

Lors de l'annonce d'investissements en sécurité totalisant 356 millions pour les aéroports canadiens, hier, le vice-président aux opérations de l'ACSTA, Yves Duguay, a confirmé, aux côtés du ministre Jean-Pierre Blackburn, son intention d'acquérir au cours de l'année 2009-2010 sept de ces scanners. Chacun de ces appareils coûte autour de 200 000 $.

«Les tests que nous avons menés à Kelowna se sont révélés très concluants, a assuré M. Duguay. Il est par ailleurs important de souligner que les passagers qui ont testé cet équipement à Kelowna l'ont fait sur une base volontaire, et ce principe s'appliquera aussi aux nouvelles pièces d'équipement», a-t-il précisé.

Au cours des dernières semaines, La Presse a tenté à plusieurs reprises d'obtenir le rapport d'étude complété par l'ACSTA au terme du projet pilote, ainsi que les détails d'un sondage mené auprès de passagers qui ont accepté de se soumettre à la fouille virtuelle, mais en vain. Le Commissariat à la protection de la vie privée n'a pour sa part obtenu qu'un rapport préliminaire et ne s'est toujours pas prononcé au sujet de la technologie. Un avis favorable de sa part est toutefois nécessaire au déploiement du système.

«C'est très inquiétant de voir que le gouvernement fonce tête baissée vers cette technologie sans même permettre à quiconque d'examiner les résultats de l'étude qu'il a menée, affirme Micheal Vonn, directrice des politiques de l'Association pour les libertés civiles de Colombie-Britannique, qui a vu l'appareil à l'oeuvre à l'aéroport de Kelowna et qui a également tenté de mettre la main sur les rapports. «Lors de ma visite à l'aéroport, j'ai parlé à certaines personnes qui ont participé aux tests, et ce qui sort de ces conversations, c'est que les gens n'étaient vraiment pas au courant de ce que fait l'appareil. Ils comprenaient que le fait de passer à travers le scanner leur permettrait de traverser la sécurité plus vite, mais ils ne comprenaient pas qu'un agent les verrait nus sur un écran», soutient-elle.

«Les autorités aéroportuaires canadiennes font tout pour minimiser auprès du public le niveau d'intrusion que représente cette technologie, ajoute Mme Vonn. Elles disent qu'on ne voit pas vraiment le corps nu avec ces appareils, mais pourtant, lorsque des journalistes (de CNN) les ont testés aux États-Unis devant la caméra, les agents leur ont suggéré de mettre une plaque métallique devant leurs parties génitales pour ne pas qu'elles soient révélées à la télé», illustre-t-elle.

En novembre dernier, devant une vive opposition de députés du Parlement européen, la Commission européenne a décidé de mettre sur la glace temporairement son projet d'étendre la technologie à l'ensemble du continent. Aux États-Unis, certaines mesures ont par ailleurs été prises pour minimiser l'intrusion dans la vie privée: l'agent qui visionne les images du scanner se trouve dans une pièce isolée, et ne peut donc pas voir le passager en personne. Les images sont en principes détruites à mesure, sans qu'aucune archive ne soit maintenue.

En conférence de presse à l'aéroport Trudeau, M. Duguay et le ministre Blackburn ont également annoncé l'achat imminent de 125 nouvelles machines à rayons X plus performantes pour scruter les bagages aux aéroports d'Edmonton, Toronto, Vancouver, Winnipeg et Montréal. Une quarantaine de nouveaux agents de l'ACSTA seront aussi embauchés. Sur les dépenses de 356 millions dévoilées hier, 282 millions avaient déjà été annoncés dans le dernier budget fédéral.

Pour voir le clip vidéo du journaliste de CNN qui a testé le système: http://www.youtube.com/watch?v=iMMXO_GmWw0

- Avec Hugo de Grandpré et William Leclerc