Nouveau chapitre dans le feuilleton du CHUM. Alors que l'appel d'offres devrait déjà être lancé, une série de changements majeurs ramène Montréal dans un nouveau processus de consultation qui pourrait durer plusieurs mois. Et cela, même si le projet de détruire l'hôpital Saint-Luc au lieu de le rénover et de passer à une hauteur maximale de 85 m au lieu de 80 a déjà l'accord du maire de Montréal.

André Noël LA PRESSE

La construction du futur CHUM pourrait être à nouveau retardée: le projet ayant changé, la Ville de Montréal doit lancer une deuxième ronde de consultations publiques, a appris La Presse. L'exercice se déroulera sur plusieurs mois et se terminera par l'adoption d'un autre règlement municipal, au plus tôt l'automne prochain.

 

En temps normal, aucun appel d'offres n'est lancé pour un projet d'une telle envergure avant que soient connues les contraintes du zonage. Mais le temps presse. Voilà longtemps que l'appel de propositions aurait dû être lancé. Par ailleurs, l'opposition à la construction en mode de partenariat public-privé grandit de jour en jour. Le gouvernement veut aller de l'avant, sans attendre le résultat des consultations.

«L'appel de propositions sera lancé dans les prochaines semaines, bien qu'il y aura des consultations publiques en parallèle concernant le règlement municipal, a indiqué hier soir Marie-Ève Bédard, attachée de presse du ministre de la Santé, Yves Bolduc. Je vous dirais que là-dessus, on s'est beaucoup fiés à l'Agence des partenariats public-privé, qui est l'interlocuteur des consortiums qui vont travailler sur le projet.»

Le ministre s'est fait dire que les consortiums pourraient préparer leurs propositions avant l'adoption du prochain règlement, qui doit établir entre autres choses la taille du bâtiment, a dit Mme Bédard. Or, des professionnels très au fait du dossier ont dit à La Presse que c'était impossible.

«Les consortiums ne vont pas payer des ingénieurs et des architectes pour dessiner les plans sans savoir ce qu'ils auront le droit de faire, nous a dit l'un d'eux, en demandant de taire son nom. Ils vont se contenter d'étudier les documents. À moins que la consultation publique ne soit bidon et que les décisions aient déjà été prises à la Ville et au gouvernement.»

Surprenant

Vendredi, Benoit Labonté, maire de l'arrondissement de Ville-Marie et chef de l'opposition à l'hôtel de ville, avait dit à La Presse qu'il serait très étonné d'apprendre que les appels de propositions soient lancés tant que le projet n'est pas autorisé par la Ville.

«Est-ce que le gouvernement peut aller en appel d'offres sur un projet non autorisé par la Ville? C'est une démarche qui m'étonnerait, avait-il dit. Je ne pense pas qu'il peut le faire. Je n'ai pas connaissance d'un grand projet où il y a eu des appels d'offres avant qu'on connaisse la nature du produit final... Je serais extrêmement étonné que cela se fasse au CHUM. Ça m'apparaîtrait illogique, potentiellement très problématique. Car on n'a encore aucune idée des recommandations de l'Office de consultation publique, et de ce que va en retenir le comité exécutif de la Ville.»

C'est pourtant la décision qu'a prise le gouvernement. De son côté, la présidente de l'Office de consultation publique, Louise Roy, a mis cartes sur table: la consultation doit être authentique, et pas un exercice vide de sens.

«La politique de consultation de la Ville de Montréal est claire: il faut que ce soit une vraie consultation, sinon aussi bien ne pas en tenir, a-t-elle dit. Il faut qu'il y ait de la place pour influencer le projet. Tout ne doit pas être décidé à l'avance.»

Changements importants

L'actuel règlement de zonage avait été adopté en mai dernier, à la suite d'un long processus de consultations. Mais depuis, le projet a changé de façon importante. Le CHUM veut raser l'hôpital Saint-Luc pour construire un bâtiment neuf, qui comportera plus de lits, de salles d'opération et de places de stationnement que prévu.

Pour cela, il faudra atteindre une hauteur maximale de 85 mètres plutôt que de 80. Rien de cela n'est autorisé dans le règlement adopté en mai. La Charte de la Ville est limpide: des changements aussi importants rendent une nouvelle ronde de consultations obligatoire. Une série d'étapes devra être suivie.

Le CHUM doit d'abord déposer son projet à l'arrondissement de Ville-Marie. Un projet encore contesté par ses propres médecins, qui pourraient le rejeter jeudi en assemblée générale. Ensuite, le projet devra être soumis à un long processus. L'adoption du dernier règlement avait pris 19 mois. Cette fois, il faudra faire vite, car il n'y aura plus d'assemblées du conseil municipal à partir d'octobre, en raison des élections de novembre. Le nouveau conseil entrera en fonction en janvier.

Approbation du maire

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a indiqué hier qu'il approuvait la plupart des changements apportés au projet du CHUM. Mais il émet des réserves sur le nombre de places de stationnement, qui se trouveraient à doubler.

«Dans notre plan de transport, nous privilégions le transport en commun, a-t-il dit. Nous avons demandé au CHUM de nous préparer un plan de gestion des déplacements. Nous voulons connaître l'impact de ces 2050 places de stationnement sur le quartier et la bretelle de l'autoroute Ville-Marie (qui donne sur les rues Saint-Antoine et Viger).»

Le gouvernement n'est pas au bout de ses peines. Un des deux consortiums qualifiés pour construire le CHUM serait incapable pour l'instant de répondre à un appel de proposition: une des principales firmes qui le constituaient, Babcock&Brown, a dû se retirer à cause de ses difficultés financières et n'a pas été remplacée.

Selon nos sources, un représentant de l'Agence des PPP doit se présenter au Conseil des ministres, la semaine prochaine, pour demander au gouvernement de financer les consortiums ou la construction, ou encore de garantir leurs emprunts, dans une proportion qui reste à déterminer.