L'organisme fédéral chargé de souligner le 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham présentera mardi une version modifiée de la reconstitution historique qu'il organisera cet été. Malgré les rumeurs annonçant l'annulation de l'événement, les quelque 2100 «soldats» qui recréeront l'affrontement dans la Capitale n'ont toujours pas reçu l'ordre de rester chez eux.

Martin Croteau LA PRESSE

Horst Dresler ne sait plus sur quel pied danser. Ce Québécois installé à Woodstock, dans l'État du Vermont, dirige le Corps historique du Québec, un groupe d'amateurs d'histoire qui voyage au Canada et aux États-Unis pour recréer des batailles célèbres.

 

Encore vendredi, la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) lui affirmait que la reconstitution historique sur laquelle il planche depuis des années aurait lieu à la date prévue.

«Hier soir (vendredi), ils nous ont dit qu'il y aurait peut-être des modifications au programme, mais c'est tout ce qu'ils nous ont dit, a-t-il affirmé à La Presse. En ce qui les concerne, en date d'hier soir, ils n'avaient pas annulé l'événement.»

À maintes reprises, il a incarné le général Wolfe, notamment dans une reconstitution à la forteresse de Louisbourg. Mais à l'occasion de la simulation qui aura lieu à Québec, il entendait déléguer ce rôle à un descendant du militaire anglais.

Plus de 2100 amateurs d'histoire comme lui doivent prendre part à la bataille simulée, en août.

«Toute cette affaire a débuté avec une fausseté, a-t-il dénoncé. Des extrémistes ont commencé à appeler ça un party et une célébration. Je participe à des reconstitutions depuis 25 ans. Nous n'avons jamais «fêté» un événement. Nous voulons honorer la mémoire de ceux qui se sont battus.»

Horst Dresler et son groupe ont reçu des menaces par courriel au cours des dernières semaines. Une famille qui devait faire le voyage a annulé, craignant pour sa sécurité.

«En ce moment, le message qu'on reçoit, c'est «on ne veut pas que vous veniez», a-t-il déploré. C'est dommage pour la ville et c'est dommage pour nous parce qu'on veut être là.»

Le président de la CCBN, André Juneau, n'a rien fait pour apaiser les doutes de Horst Dresler, hier. Il est resté vague sur ses intentions, promettant de faire le point mardi. «Actuellement, il (M. Dresler) est en attente, a-t-il indiqué. Sa participation n'est pas annulée.»

Comme il craint que la reconstitution historique donne lieu à des affrontements, la formule sera toutefois «modifiée». «C'est évident que la reconstitution est remise en cause, en tout cas dans sa forme originale.»

Horst Dresler entend reconstituer la bataille des plaines d'Abraham, que ce soit à Québec ou ailleurs.

Des nuitées perdues

Si la bataille des Plaines est annulée, les hôtels de Québec perdront des centaines de clients. Les quelque 2100 participants - tous bénévoles - devaient se rendre à Québec en compagnie de leurs familles. Et plusieurs amateurs d'histoire américains souhaitaient visiter la capitale à l'occasion de la commémoration, affirme Horst Dresler.

Directrice générale du Loews-Le Concorde, situé à quelques pas des Plaines, Renée Gosselin admet qu'elle perdra «quelques nuitées» si la reconstitution historique est annulée. À plusieurs reprises, au fil des ans, son établissement a reçu la visite de touristes venus recréer des batailles historiques.

«C'est sûr que, quelque part, ça peut être déplorable, affirme Mme Gosselin, qui est aussi présidente de l'Association hôtelière de la région de Québec. Mais, en même temps, si la population est divisée sur le plan politique, ce n'est pas une trame de fond parfaite.»