L'ancien président de la Commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde, Pierre-Marc Johnson, ne s'émeut guère des critiques lancées ces jours-ci par les syndicats des ingénieurs et des employés du ministère des Transports, deux ans après l'effondrement de ce viaduc de Laval.

Lia Lévesque LA PRESSE CANADIENNE

Le syndicat des ingénieurs et le Syndicat de la fonction publique du Québec ont tour à tour dénoncé le fait qu'il manque d'ingénieurs pour surveiller les chantiers de construction d'infrastructures routières et le fait que ces travaux soient confiés à l'entreprise privée, parce que les employés des Transports, en nombre insuffisant, n'ont pu entretenir ces structures au fil des ans.Ils ont aussi critiqué le fait que le ministère envisage de créer une agence pour gérer ces ponts et viaducs.

Mardi matin, deux ans jour pour jour après l'effondrement du viaduc, la présidente générale du Syndicat de la fonction publique, Lucie Martineau, a déclaré que «les milliards pleuvent sur les entreprises privées pour reconstruire ce qui aurait dû être entretenu au fil des ans par des ouvriers du MTQ».

«La réalité c'est que, sous la contrainte du Conseil du trésor, le ministère a négligé ses responsabilités depuis de nombreuses années et s'est vidé de son expertise et de ses ressources les plus précieuses, c'est-à-dire ses employés», a-t-elle ajouté.

La veille, c'était le syndicat des ingénieurs qui affirmait qu'on construit trop, trop vite, sans qu'il y ait suffisamment d'ingénieurs pour surveiller ces chantiers.

Mardi, M. Johnson a dit prendre ces critiques «avec un grain de sel».

«Je ne dis pas que ça n'a pas d'importance, les sources syndicales, mais c'est que quand on est à la tête d'un syndicat d'ingénieurs, on a au départ des intérêts à défendre», a commenté l'ancien président de la Commission d'enquête sur l'effondrement du viaduc de la Concorde.

«Si l'ordre professionnel des ingénieurs disait qu'il manque des ingénieurs sur les ponts pour la sécurité du public, ça, je me préoccuperais plus de ça», a ajouté M. Johnson.

Quant à l'affirmation voulant qu'il n'y ait pas suffisamment d'ingénieurs, M. Johnson a eu ce commentaire laconique: «moi, j'en vois beaucoup dans les écoles de génie».

M. Johnson, un ancien premier ministre péquiste, a même loué le gouvernement libéral de Jean Charest pour sa gestion du dossier.

Il a soutenu que le gouvernement Charest et le ministère des Transports ont «presque toutes» suivi les recommandations de son rapport, publié le 18 octobre 2007. «Ça s'est traduit par plus de sécurité pour le public, fondamentalement, et un meilleur entretien de nos infrastructures», a opiné M. Johnson.

Traçant un bilan, deux ans après l'effondrement du viaduc et un an après la publication de son rapport, M. Johnson s'est montré satisfait.

«Il y a des milliards qui se dépensent. Il y a même des automobilistes qui ont de la difficulté à se rendre chez eux parce qu'il y a trop de travaux. Moi je vous dirai qu'un an après le dépôt du rapport de la commission, force est de constater que le gouvernement a pris une série de décisions qui amènent à s'occuper de ce qui est important. Moi, je connais un certain nombre de ponts que je savais être des ponts problématiques et qui sont, en ce moment, ou démolis ou en réparation ou sur lesquels il y a des interdictions de circuler», a-t-il déclaré.

L'effondrement du viaduc de la Concorde avait entraîné la mort de cinq personnes et fait six blessés.

M. Johnson a été interrogé à ce sujet après qu'il eut assisté à une allocution du premier ministre Charest devant le Conseil des relations internationales de Montréal.

Ministère des Transports

Le ministère des Transports a pour sa part dressé mardi un bilan des mesures mises en place pour éviter que des tragédies comme celle du viaduc de la Concorde ne se reproduisent.

En conférence de presse à Québec, le sous-ministre aux Transports, Denys Jean, a calculé que le gouvernement avait déjà donné suite aux deux tiers des recommandations de la commission Johnson, quant aux aspects techniques et administratifs, et que les autres allaient suivre.

Ces mesures touchent divers aspects de la construction des structures et de la surveillance des travaux.

Elles portent notamment sur la mise à jour des manuels traitant de la capacité portante des structures, l'attribution de contrats de génie-conseil sur la base des compétences, la présence obligatoire d'un chargé de projet du début à la fin des travaux, le resserrement des contrôles à imposer aux firmes de sous-traitants et la numérisation des dossiers.

M. Jean a rappelé que l'engagement de Québec quant à une mise à niveau du réseau routier s'étalait sur une quinzaine d'années. La présente saison de travaux (2008-2009) comporte 1850 chantiers, au coût de 2,7 milliards $.