Après le témoignage chargé d'émotion de sa mère, lundi, c'est le récit froidement clinique d'un expert en projections de sang qui a suscité les sanglots de Guy Turcotte, mercredi.

Mis à jour le 25 févr. 2010
Karim Benessaieh LA PRESSE

À la troisième journée de son enquête préliminaire, au palais de justice de Saint-Jérôme, le cardiologue inculpé du meurtre de ses deux enfants a dû écouter pendant deux longues heures les descriptions du biologiste François Julien. Celui-ci est un spécialiste réputé en reconstitution de scènes de crime à partir des éclaboussures de sang. Le 22 février 2009, soit le lendemain du drame au cours duquel Anne-Sophie, 3 ans, et Olivier, 5 ans, sont morts poignardés, M. Julien a passé au peigne fin la résidence familiale.Il a fait son rapport à la cour mercredi après-midi avec une précision scientifique presque insoutenable, décrivant les plaies et la position des corps. Un interdit de publication empêche les médias de révéler les détails qui pourraient être soumis en preuve. Se basant sur les photos prises par les policiers, sur ses propres constatations et sur les prélèvements, il a expliqué comment se sont déroulés les meurtres.

Stoïque jusque-là, Guy Turcotte a d'abord suivi le témoignage les yeux baissés, puis s'est mis à sangloter au bout d'une heure. Il est revenu après une pause d'une quinzaine de minutes, ébranlé, et a eu les larmes aux yeux jusqu'à la fin de l'audience.

Le cardiologue de 37 ans est accusé d'avoir tué ses deux enfants pendant qu'il en avait la garde alors que leur mère, urgentologue, était en voyage de ski dans Charlevoix. Le couple de médecins, qui travaillaient à l'Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme, s'était séparé un mois auparavant. À l'issue de l'enquête préliminaire, la Couronne entend inculper Guy Turcotte pour le meurtre prémédité des enfants.

Soigné par des collègues

Plus tôt en matinée, un des collègues de M. Turcotte à l'Hôtel-Dieu a témoigné. Stéphane Gagnon, préposé aux bénéficiaires qui travaillait aux urgences le jour du drame, a raconté l'arrivée du cardiologue à l'hôpital peu après son arrestation, vers midi, et les interventions qu'il a été appelé à faire.

M. Turcotte avait tenté de se suicider un peu plus tôt en avalant deux litres de lave-glace.

M. Gagnon a décrit pendant une heure et demie l'état dans lequel se trouvait Guy Turcotte à son arrivée. Il a également résumé les conversations qu'il a eues avec lui pendant les quelque trois heures où il l'a côtoyé aux urgences.

Le témoin suivant, le sergent-détective Sylvain Harvey, de la Sûreté du Québec, est spécialiste en prélèvement de pièces à conviction sur les scènes de crime. C'est lui qui est intervenu le soir du 21 février. Il a soigneusement inspecté les pièces de la maison que Guy Turcotte venait de louer à Piedmont.

Le sergent-détective Harvey a décrit la maison familiale, les pièces où le drame s'est joué et les objets qu'il a prélevés pendant la quinzaine d'heures où il a été sur les lieux.

L'enquête préliminaire se poursuivra vendredi avec le témoignage fort attendu d'Isabelle Gaston, ex-conjointe de Guy Turcotte, mère des deux victimes. Les travaux de la Cour seront ensuite suspendus et reprendront pour deux jours, les 25 et 26 mars.