Nouveau rebondissement au procès du gardien Pierre-Arold Agnant, en attente de connaître sa peine pour avoir fait entrer de la drogue à l'Établissement de détention de Montréal : sous la pression des policiers, l'interprète au dossier soutient avoir menti quand elle a témoigné devant le jury.

André Cédilot LA PRESSE

Exhibant les déclarations de procureures de la poursuite qui ont reçu les confidences de Dominique Baptiste, Me Clemente Monterosso, qui représente l'accusé, a informé la juge France Charbonneau, hier, qu'il allait vraisemblablement demander un arrêt de procédure à la prochaine séance du tribunal, le 30 mars prochain. Le cas échéant, même si c'est loin d'être acquis, Agnant pourrait être libéré. Et cela, même s'il a déjà été déclaré coupable de trafic de drogue et de gangstérisme.

Durant le procès, Dominique Baptiste aurait volontairement omis de dire que les policiers avaient apporté des modifications à certains passages de l'écoute électronique qu'elle avait été appelée à traduire du créole au français. Elle n'aurait pas dit la vérité non plus quand la juge Charbonneau lui a demandé si elle avait en sa possession la version définitive de son rapport de traduction. «C'est la police qui l'avait», a-t-elle dit aux avocates qui ont recueilli ses propos, le 9 février.

À l'en croire, les enquêteurs de la Sûreté du Québec l'auraient incitée «à garder tout ça entre eux» afin de ne pas nuire au déroulement du procès. Le lendemain de ces déclarations fracassantes, Dominique Baptiste a expédié un courriel aux deux avocates pour leur demander d'«oublier» tout ce qu'elle leur avait dit. Conscientes de la gravité de la situation, Mes Catherine Chagnon et Sandra Blanchard ont immédiatement informé leur patron, au Bureau de la lutte contre le crime organisé (BLACO), à Montréal.

Après avoir fait des vérifications, Me Claude Chartrand a averti le ministère de la Justice, à Québec. La police de Laval est maintenant chargée de débrouiller l'affaire.

C'est le deuxième retournement de situation à se produire depuis que l'ancien gardien de la prison de Bordeaux a été déclaré Coupable, le 11 décembre. Dans les jours qui ont suivi, l'avocat qui l'a défendu au procès, Max Stanley Bazin, a dû se retirer à la suite de la décision du Barreau de le radier temporairement de la profession pour avoir négligé ses autres dossiers. Me Monterosso l'a remplacé pour les plaidoiries sur la peine. Le procès a commencé le 13 septembre.