Cathie Gauthier, accusée du meurtre prémédité de ses trois enfants, a envoyé le jour du drame des lettres à des proches et à d'ex-collègues dans lesquelles elle règle ses comptes. À son procès, au palais de justice de Chicoutimi, le jury a pris connaissance de leur contenu, hier, en plus de voir des photos troublantes de la scène du crime. Ces images des trois petits corps alignés sur le lit conjugal ont fait fondre en larmes l'accusée.

Mis à jour le 7 oct. 2009
Caroline Touzin LA PRESSE

Si sa meilleure amie avait accepté de lui prêter 10 000$, comme elle le lui avait demandé, Cathie Gauthier affirme dans une lettre que la vie de ses trois enfants, la sienne et celle de son mari auraient pu être sauvées.Cette lettre a été lue au jury, hier, au procès de la mère de 35 ans accusée du meurtre prémédité de ses trois enfants. Cathie Gauthier est la seule survivante du drame au cours duquel Louis-Philippe, 4 ans, Marc-Ange, 7 ans, Joëlle, 12 ans, ainsi que son mari, Marc Laliberté, ont perdu la vie, le 31 décembre dernier.

Dans des lettres datées du jour fatidique et envoyées par la poste à sa mère biologique, à sa meilleure amie et à ses anciennes collègues, Mme Gauthier règle ses comptes. Les destinataires ont reçu ces lettres au début du mois de janvier et les ont remises à la police chargée de l'enquête sur les meurtres. Au total, la Sûreté du Québec a retrouvé une dizaine de lettres et brouillons écrits par le couple pour expliquer son geste.

Mme Gauthier confie à sa meilleure amie qu'elle est la seule personne qui l'a fait hésiter à mourir. Mais du même souffle, elle lui reproche de ne «jamais avoir vraiment eu l'intention de les aider» à régler leurs problèmes financiers. «Avec 10 000 (dollars) notre vie aurait valu la peine d'être sauvée», écrit-elle.

«Un véritable enfer»

Selon la thèse de la Couronne, Cathie Gauthier et son mari auraient fait un pacte de suicide en raison de leurs problèmes d'argent. Ils comptaient emmener leurs trois enfants dans la mort avec eux. «C'est par amour que nous amenons nos enfants», écrit d'ailleurs Mme Gauthier à son amie. L'accusée se plaint alors que leur vie est un «véritable enfer» et que ce n'est «pas entièrement» leur faute. Elle dit que leur geste est planifié depuis plusieurs semaines.

Au moment d'écrire cette lettre, Mme Gauthier est visiblement en colère contre le propriétaire du bungalow qu'habite la famille. Le couple est en retard dans le paiement du mois de décembre. L'accusée suggère à son amie de négocier l'achat de la maison. «Il n'aura pas beaucoup de chances de le vendre», écrit-elle en parlant des morts qui y surviendront. «On se revoit au ciel dans 50 ans. Ton amie pour la vie, Cathie xxx», signe-t-elle.

Dans une autre lettre, Mme Gauthier accuse ses anciennes collègues «à la boutique» d'être à l'origine de sa récente perte d'emploi. Et plus encore. «Juste pour dire quelles ont été les conséquences de mon renvoi injustifié. Votre manque de coeur et de compréhension m'a fait beaucoup de peine. Ça m'a démolie. Juste avant Noël, faut vraiment être cruel. À cause de vous, nous ne sommes plus», raconte-t-elle. L'accusée conclut en les invitant à la rejoindre «en enfer».

Dans une autre lettre, adressée à sa mère biologique, elle assure que personne n'a souffert. Cette lettre n'est pas signée. Selon la Couronne, elle serait bel et bien l'oeuvre de l'accusée. «Bonjour maman, en principe quand tu vas lire ce mot, nous ne serons plus de ce monde. En effet, nous avons choisi de ne pas commencer la Nouvelle Année, explique-t-elle. Ces dernières années et surtout ces derniers mois, nous avons vécu l'enfer. Comme personne n'a voulu nous aider, nous nous sommes épuisés.»

Les explications laissent vite la place aux reproches. Sa mère, dépressive, l'a donnée en adoption alors qu'elle était bébé. «C'est une honte quand je pense à ta lâcheté. Tu trouves toujours mille et une raisons pour justifier ta paresse. Même les médecins ne savent plus quoi faire de toi», écrit-elle dans cette lettre d'une page. Elle lui souhaite «bonne chance pour le futur» en guise de conclusion.

Marc Laliberté, lui, a laissé une enveloppe adressée à sa fille née d'une union précédente, dans laquelle il a glissé une chaîne avec une croix en pendentif. «Voici un petit souvenir de ton père qui t'a toujours aimée», a-t-il écrit sur un mot écrit à la main, également daté du jour fatidique.

Le couple a beaucoup documenté son plan. En plus d'un porte-documents contenant son «histoire de vie» et ses dernières volontés, la police a trouvé dans la chambre une liste de personnes à qui ses biens devaient être confiés. Le couple précise une fois de plus ne rien vouloir léguer à la famille adoptive de l'accusée.

Après avoir produit toutes ces lettres en preuve, la procureure de la Couronne, Sonia Rouleau, a annoncé au jury qu'elle ferait entendre dans les prochains jours l'enregistrement de l'appel qu'a fait l'accusée au 911, dans lequel elle parle d'un pacte et de ses enfants morts.