Dans une nouvelle tentative pour forcer le gouvernement Harper à rapatrier un ressortissant canadien coincé au Soudan, une délégation de la société civile propose d'aller chercher en personne Abousfian Abdelrazik, Montréalais réfugié depuis un an à l'ambassade du Canada à Khartoum, la capitale soudanaise.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

Pour la deuxième fois en trois mois, un billet d'avion a été émis à son nom, cette fois pour le 12 juin, afin que M. Abdelrazik puisse venir comparaître devant le comité des Affaires étrangères, comme le réclame une motion adoptée par les partis de l'opposition.

 

Tout ce qu'il manque, c'est que le gouvernement fédéral lui délivre un passeport d'urgence, ce que le ministre Lawrence Cannon a toujours refusé de faire, sous prétexte que M. Abdelrazik figure sur une liste d'interdiction de vol des Nations unies.

Arrivé au Soudan en 2003 pour rendre visite à sa mère malade, M. Abdelrazik y a été arrêté et emprisonné sur la base d'informations fournies par les autorités canadiennes qui le soupçonnaient d'avoir des liens avec Al-Qaeda. Le Montréalais de 46 ans a finalement été blanchi. Autant la Gendarmerie royale du Canada que le Service canadien du renseignement de sécurité affirment n'avoir rien à lui reprocher. En avril 2008, il s'est réfugié à l'ambassade canadienne à Khartoum, de peur d'être arrêté par les autorités soudanaises, n'ayant ni statut ni permis de travail dans ce pays. Il y vit depuis maintenant plus d'un an.

Les avocats du ressortissant canadien d'origine soudanaise ont fait hier une nouvelle demande auprès du ministère des Affaires étrangères pour obtenir un passeport d'urgence, arguant que le Canada détient tous les pouvoirs pour ramener M. Abdelrazik au pays, sans même avoir à demander une exemption aux Nations unies.

«Il appartient seulement au gouvernement canadien de décider de ramener ou non M. Abdelrazik au pays, a souligné Me Yavar Hameed en conférence de presse, hier. Nous avons l'appui de la population, l'appui d'une majorité au Parlement et il n'y a aucun obstacle en matière de droit international.» Une délégation de citoyens pourrait par ailleurs le raccompagner pour assurer son retour en toute transparence, a ajouté l'avocat du ressortissant.

Premier refus

La dernière fois qu'un billet d'avion a été émis au nom de M. Abdelrazik, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a utilisé ses pouvoirs discrétionnaires pour refuser sa demande de passeport, considérant qu'il constituait un risque pour la sécurité nationale et qu'il devait d'abord faire retirer son nom de la «liste noire» de l'ONU avant de pouvoir rentrer au Canada. Au bureau de M. Cannon, hier, on indiquait que la position du ministre n'a pas changé.

De plus, les défenseurs de M. Abdelrazik ont subi un nouveau revers au Parlement, hier. Dans un avis juridique demandé par le greffier du comité des Affaires étrangères, le légiste et conseiller parlementaire à la Chambre de communes, Rob Walsh, a estimé que la motion du comité pour faire témoigner M. Abdelrazik à Ottawa ne pouvait contraindre Ottawa à rapatrier le citoyen canadien.

«L'émission d'un passeport [...] à un citoyen canadien par le gouvernement du Canada est faite conformément aux prérogatives de la Couronne, indique l'avis. N'importe quel citoyen canadien peut se voir octroyer un passeport par le ministre des Affaires étrangères. C'est une disposition permissive, mais pas obligatoire.»