À la surprise générale, le coroner Robert Sansfacon a suspendu son enquête jusqu'à ce que les jeunes témoins de la mort de Fredy Villanueva aient les moyens nécessaires pour venir y témoigner, ce matin au palais de justice de Montréal. Si les témoins importants ne sont pas représentés par avocat, l'«exercice est non crédible», a dit le coroner.

Caroline Touzin, Émilie Côté, Tommy Chouinard et Sara Champagne LA PRESSE

«Cette enquête ne peut se tenir d'ici à ce que l'équité soit rétablie», a dit le coroner Sansfaçon ce matin. Pour le coroner, il y a un «débalancement fondamental qui empêche de faire ressortir une preuve crédible». D'un côté, les deux policiers impliqués dans la mort du jeune Fredy Villanueva sont représentés par avocat dont les frais sont payés par l'État. De l'autre, les six jeunes témoins clés n'ont pas les moyens de payer les honoraires d'avocat.

La loi qui régit le travail du coroner ne permet pas à ce dernier d'ordonner que les frais d'avocat des témoins soient remboursés par l'État. Ayant les mains liées, le coroner a décidé de suspendre l'enquête. «Cette loi-là doit-elle ou peut-elle être revue, je pose la question?», a dit le coroner.

Les avocats des deux policiers impliqués dans la mort de Fredy Villanueva ont refusé de faire des commentaires à leur sortie de la salle d'audience. «Le dossier est maintenant politique», a dit pour sa part l'avocat de la Fraternité des policiers de Montréal, Michael Stober.

C'est La Presse qui a annonce a la famille Villanueva que le coroner (Robert Sansfaçon) avait suspendu l'enquête.

«C'est une bonne nouvelle. Ma mère va pouvoir respirer un peu plus, a dit Patricia Villanueva, la soeur de Fredy. Mais pourquoi c'est là qu'on se réveille?»

La famille veut absolument que le mandat de l'enquête soit élargi ou qu'il y ait carrément une commission d'enquête. «On veut y participer, mais dans un contexte où il y a un minimum d'espoir que ça va changer», dit Patricia Villanueva.

De son côté, Brunilda Reyes, porte-parole du regroupement Solidarité Montréal-Nord, se demande pourquoi le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis a attendu à «ce point extrême de l'enquête» pour réagir ce matin.

«Je pense que le juge a pris la seule décision à prendre. Maintenant, c'est au ministre de faire ses devoirs.»

Solidarité Montréal-Nord doit tenir un point de presse à 14h30 cet après-midi.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me François Brière, a été surpris par la décision du coroner. «Personne ce matin n'attendait cette position du coroner», a-t- indiqué sans vouloir commenter davantage.

La Coalition contre la répression et les abus policiers estime pour sa part que «la responsabilité de ce fiasco est uniquement celle du gouvernement Charest et en bonne partie du ministre de la Sécurité publique», selon son porte-parole, Alexandre Popovic.

Dupuis jette du lest

De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, se dit maintenant prêt à payer les frais d'avocat de deux jeunes blessés par balle lors de l'intervention policière qui a coûté la vie à Fredy Villanueva l'été dernier à Montréal-Nord. À la condition que le juge Robert Sansfaçon, responsable de l'enquête publique sur cette affaire, lui en fasse la demande.

Hier, au premier jour de l'enquête publique, le procureur François Daviault a soulevé une «apparence de déséquilibre; une situation injuste» pour ces deux jeunes témoins. Les policiers sont représentés par avocat.

«Le juge Sansfaçon aura, j'imagine, à se prononcer sur cette question. Si le juge en venait à la conclusion que les témoins doivent être représentés par avocat, le gouvernement se pliera à la demande du juge Sansfaçon», a affirmé Jacques Dupuis, avant la période des questions en Chambre ce matin.

Le ministre a également réagi à la décision de la famille Villanueva de ne plus participer à l'enquête. «Je rappelle que nous avons offert de payer un avocat pour la famille (NDLR pour une portion limitée). Cet avocat pourrait poser toutes les questions à tous les témoins. Il n'y a pas de restriction. Je souhaite que la famille revienne sur sa décision, se constitue un procureur et se présente à l'enquête», a-t-il dit.

Quant à l'idée d'élargir l'enquête, M. Dupuis a indiqué que «le juge Sansfaçon a toutes les possibilités d'accepter les questions. C'est à lui que revient la responsabilité de tenir l'enquête et de prendre les décisions».

«Je n'interviendrai pas pendant que l'enquête se tient, afin que l'enquête se fasse de façon indépendante et sereine.» Le ministre s'est dit «heureux que l'enquête soit commencée», un départ qui s'est toutefois fait dans la controverse.

La famille Villanueva a dit hier refuser de participer à la commission d'enquête, exigeant la tenue d'une enquête publique dont le mandat serait plus large.

Dauphin ne dit pas non à une enquête élargie

Le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Claude Dauphin, n'est «pas contre» une enquête au mandat élargi sur les circonstances de la mort de Fredy Villanueva.

«La décision relève du gouvernement, du ministre de la sécurité publique, mais s'il décide d'élargir l'enquête, on ne sera pas contre», a indiqué M. Dauphin ce midi à la fin d'un point de presse sur le dépôt du rapport annuel du Vérificateur général de la Ville de Montréal.