Un entraîneur de tennis professionnel québécois risque la prison pour avoir commis des attouchements sexuels sur deux de ses ex-protégées, alors qu'elles étaient mineures. La Couronne a réclamé une peine d'un an de pénitencier suivi de trois ans de probation pour le réputé entraîneur montréalais Yann Rapini, ce matin au palais de justice de Longueuil.

Caroline Touzin LA PRESSE

M. Rapini, 36 ans, a plaidé coupable en décembre dernier à deux chefs d'accusation d'avoir fait des attouchements sexuels sur deux mineures de moins de 17 ans, alors qu'il était une personne en autorité.

L'une de ses victimes, aujourd'hui âgée de 26 ans, est venue témoigner ce matin des «conséquences dévastatrices» de l'emprise qu'a eue M. Rapini sur sa vie. La jeune femme, que les médias ne peuvent identifier, éprouve de «l'amertume» et du «dégoût» envers son ex-entraîneur.

Rapini est devenu son entraîneur lorsqu'elle avait 11 ans. «J'avais une totale confiance en lui», a raconté avec aplomb la jeune femme au tribunal. Lorsqu'elle devenue une jeune adolescente, il s'est mis à lui poser des questions sur sa vie sexuelle. Un jour, il la complimentait sur ses fesses, sur ses seins. Le lendemain, il la rabaissait en la traitant de «cuisse de jambon».

L'adolescente rêvait de devenir joueuse de tennis professionnelle. Elle obtenait d'excellents résultats dans des tournois québécois et canadiens. Les parents de la victime avaient aussi une confiance totale en l'entraîneur. Un jour après un entraînement, la jeune joueuse, alors âgée de 15 ans, lui a demandé de lui faire un massage. Rapini en a alors profité pour lui faire une pénétration digitale. Il lui fera ce genre d'attouchements à trois reprises.

L'adolescente ne portera pas plainte immédiatement, mais elle s'éloignera de son entraîneur. Elle a décidé de le dénoncer à la police lorsqu'elle s'est rendu compte que «ça continuait avec d'autres», a-t-elle expliqué. La seconde victime avait 17 ans lorsque Rapini a abusé d'elle lors d'un tournoi provincial junior à Trois-Rivières en 2005. La jeune femme a d'ailleurs souligné devant le tribunal que l'actuelle conjointe de Rapini, âgée de 19 ans, avait été l'élève de ce dernier lorsqu'elle en avait 14.

L'accusé éprouve «peu d'empathie» envers les victimes, selon un rapport de son agent de probation. M. Rapini représente un risque de récidive faible, mais tout de même présent, a souligné la procureure de la Couronne, Me Marie-Josée Guillemette. De plus, l''accusé croit toujours qu'il est «pertinent» pour un entraîneur de connaître la vie sexuelle de son athlète, a indiqué Me Guillemette.

La Couronne a énuméré plusieurs facteurs aggravants dans ce dossier. M. Rapini était un entraîneur professionnel qui a profité de la vulnérabilité de ses victimes. Des victimes qui «visaient un haut niveau dans leur sport», a rappelé Me Guillemette.

De son côté, la défense a recommandé une peine à purger dans la communauté, en énumérant plusieurs facteurs atténuants. M. Rapini, qui avait sa propre école de tennis, a perdu tous ses contrats. Il a dû déclarer faillite. La Fédération québécoise de tennis l'a suspendu pour cinq ans. Il suit actuellement une thérapie. M. Rapini a toujours travaillé et occupe présentement un emploi de directeur des opérations à la clinique de physiothérapie du Parc olympique. L'accusé s'est brièvement adressé au tribunal pour s'excuser auprès de ses victimes. «Je demande pardon», a-t-il dit, la voix étranglée par l'émotion. La juge Ellen Paré de la Cour du Québec prononcera la sentence le 15 septembre.