L'audience qui s'est déroulée hier après-midi devant le juge Paul Chevalier est à classer dans les moments d'anthologie judiciaire. Trois avocats de la défense impliqués (pour ne pas dire pris) dans le même procès, pour braquage à domicile, sont venus expliquer pourquoi la chicane est prise dans la cabane.

Christiane Desjardins LA PRESSE

Seul de son côté, se trouve Me Franco Schiro, qui réclame un procès séparé pour son client, Ricardo Nelson. L'avocat soutient qu'il ne peut le représenter adéquatement, parce qu'il subit les menaces et les insultes de ses confrères, Mes Vincent Montminy et Gilles Daudelin. Ces derniers font front commun contre Me Schiro. Il fait des erreurs et il n'en fait qu'à sa tête, clament-ils.

 

Me Montminy assure que ce qu'il a murmuré à l'oreille de Me Schiro, en pleine cour, le 4 février dernier, ce n'est pas «Enlève tes lunettes, comme ça je peux te frapper au visage», comme le soutient Me Schiro, mais plutôt d'arrêter de «faire ses petites faces». Me Montminy soutient que Me Schiro faisait des mimiques, «des faces de poisson, de carpe», pendant que Me Daudelin plaidait pour «rescaper» son mauvais travail. Les deux avocats soutiennent aussi que Me Schiro a invité Me Daudelin à se battre et qu'il a tiré la manche de sa toge pendant qu'il plaidait, ce qui est complètement déplacé.

Me Montminy convient qu'il y a eu des échanges tumultueux par la suite, le même jour, à l'extérieur de la salle d'audience, et ce devant plusieurs constables spéciaux qui leur ont suggéré de se séparer. Me Daudelin reconnaît, pour sa part, avoir «engueulé vertement» Me Schiro ce jour-là. Hier, devant le juge Chevalier, il a aussi admis avoir dit quelque chose comme «il mériterait que je lui en crisse une bonne sur la gueule». Il a dit cela devant plusieurs membres du groupe d'intervention tactique de la police de Laval. La Couronne avait en mains une déclaration des policiers à ce sujet. Ce qui ressort de l'audience d'hier, c'est que la bisbille couvait depuis un certain temps entre Me Schiro et ses deux collègues. Le vase a débordé le 4 février, quand Me Schiro a fait remarquer au juge que seuls les parents de son client assistaient aux audiences, ce qui signifiait qu'ils soutenaient leur fils. Les deux autres avocats l'ont manifestement pris comme une gifle. «Accordez-la, la requête (de procès séparé), monsieur le juge. On a des problèmes à travailler avec lui. Même si ce n'est pas un motif juridique», a lancé Me Daudelin, hier.

Tout le problème est là. Une telle requête avec un tel motif, ça ne s'est jamais vu. Personne n'a trouvé de jurisprudence en ce sens. D'ailleurs, la procureure de la Couronne, Mélissa Léonard, est tout à fait contre la requête de Me Schiro. Pour elle, il s'agit d'une aventure commune, qui exige un procès commun.

Le juge Chevalier a mis cette singulière requête en délibéré, et rendra sa décision le 11 juin.