«Chers amours de ma vie, je n'ai jamais voulu vous faire de mal ou vous humilier. Je n'ai rien contre vous, mais Nicholas sera en paix avec moi.» Voilà les mots d'adieu que Louise Desnoyers a laissés dans sa voiture, ce soir d'août 2006, lorsqu'elle a noyé son fils cadet Nicholas, 8 ans, et tenté de s'enlever la vie en se coupant et en buvant du lave-glace. Ces mots s'adressaient à son conjoint, Réal Langlois, et à son autre fils, Vincent.

Christiane Desjardins LA PRESSE

C'est ce qu'on a appris, hier, alors que le procureur de l'État du Vermont, David Miller a résumé la preuve, juste avant que Mme Desnoyers plaide coupable à une accusation réduite de meurtre non prémédité. Assistée d'une traductrice, la Montréalaise de 51 ans a pleuré pendant une grande partie de l'audience, qui a duré près d'une heure et demie dans l'antique palais de justice de Grand Isle County, à North Hero.

 

Son procès devant jury devait commencer lundi, sous une accusation de meurtre prémédité. Comme il y avait des risques des deux côtés, les avocats des deux parties ont conclu une entente que le juge Michael S. Kupersmith a pour ainsi dire acceptée, hier. L'État demande une peine de 20 ans avec un minimum de 15 ans de prison, tandis que Me Robert Katims, avocat de Mme Desnoyers, s'est engagé à ne pas demander moins de 10 ans. La décision reviendra au juge.

Il est entendu que Mme Desnoyers purgera sa peine aux États-Unis. Le temps qu'elle a passé en détention préventive lui sera crédité. Ensuite, elle sera envoyée au Canada pour sa probation. «Vous ne pourrez plus jamais revenir aux États-Unis en raison du crime que vous avez commis», l'a avertie le juge. Diverses conditions lui ont été imposées dans le cadre de cette entente. C'est en pleurant à chaudes larmes qu'elle a accepté de ne pas communiquer directement avec son ex-conjoint et son autre fils, qui était adolescent au moment du drame.

»Je vais me suicider»

Hier, en résumant les faits, Me Miller a expliqué que tout a commencé le 14 août 2006. Le couple, formé depuis une trentaine d'années, battait de l'aile depuis un moment. Mais ce jour-là, il avait été question de séparation entre Mme Desnoyers et Réal Langlois. L'accusée a dit qu'elle se suiciderait s'ils se laissaient. Le soir, vers 20h, M. Langlois et Vincent sont allés faire des courses. Mme Desnoyers, enseignante au primaire, en a profité pour partir avec le petit Nicholas. Vers 21h, elle a passé la douane à Rouses Point. C'est la dernière fois que le petit Nicholas a été vu vivant.

Vers 21h30, Mme Desnoyers a arrêté la voiture sur le terrain d'un chalet où elle était allée six ans auparavant, à Isle La Motte. Ils sont restés là un moment, puis elle a entraîné le petit Nicholas dans le lac Champlain. Elle l'a noyé en lui tenant la tête sous l'eau, puis l'a attaché par le poignet à une bouée. Des vêtements appartenant à l'enfant ont été retrouvés près de la voiture. Mme Desnoyers aurait ensuite bu du lave-glace. Deux contenants vides et un à demi vide ont été retrouvés sur les lieux. Elle est allée se terrer dans une cabane à outils, manifestement pour y mourir.

Le lendemain, la police a été avisée de la présence du véhicule suspect, dont le pare-brise ainsi que la vitre du côté conducteur étaient tachés de sang. La police a vite découvert Mme Desnoyers. Entre-temps, la disparition du petit Nicholas avait été signalée par son père. Les policiers du Vermont ont interrogé Mme Desnoyers au sujet de l'enfant. «Vous ne le trouverez pas», a-t-elle commencé par dire. Transportée au Northwestern Medical Center, elle devait par la suite indiquer qu'elle avait tué son enfant pour lui éviter les souffrances de la séparation de ses parents. Oscillant entre conscience et inconscience, elle disait que l'enfant se «trouvait dans une belle place». Munis des quelques indications données par Mme Desnoyers, des plongeurs sont parvenus à localiser le petit en soirée. L'enfant gisait dans un mètre d'eau, à 25 pieds de la rive.

Lors de sa comparution, en août 2006, Mme Desnoyers est apparue complètement paniquée et en détresse. Son état psychologique a fait en sorte qu'elle a été déclarée inapte à subir son procès pendant plus de deux ans.

Au début de 2008, le juge Ben Joseph a refusé que Mme Desnoyers plaide coupable à une accusation réduite de meurtre non prémédité. Le magistrat s'est récusé par la suite, et c'est le juge Michael Kupersmith qui a repris l'instance. S'il y avait eu procès, l'unique enjeu aurait été l'état mental de l'accusée au moment du crime.

Hier, Me Miller a expliqué qu'une des raisons qui l'ont incité à conclure l'entente est qu'il a perdu un témoin. Ce témoin, c'est Réal Langlois, qui devait faire le lien entre les événements du Québec et le crime survenu au Vermont. Très affecté, il ne voulait plus venir témoigner, et l'État du Vermont ne pouvait le forcer, a admis Me Miller, hier. «La cause se serait arrêtée à la frontière», a-t-il résumé. Il a aussi fait valoir qu'il y avait de fortes possibilités pour que le jury en arrive de toute façon à un verdict de meurtre non prémédité. Avec peut-être une suggestion de peine moindre, ce qui aurait été inacceptable, selon lui.

Mme Desnoyers a essayé de se suicider de nouveau depuis les événements, selon Me Miller. Hier, deux de ses amies se trouvaient dans la salle d'audience. Elle leur a jeté des regards désespérés. Pendant l'audience, son avocat, Me Robert Katims, faisait signe à Mme Desnoyers de répondre par l'affirmative quand le juge lui posait des questions. La date des observations sur la peine n'est pas fixée pour le moment. Un rapport sera rédigé sur l'accusée pour éclairer le juge Kupersmith.