«Ben oui, c'est moi.» D'un air détaché, Francis Proulx a admis avoir tué Nancy Michaud, alors qu'il était interrogé depuis plusieurs heures par un enquêteur de la Sûreté du Québec le jour de son arrestation le 18 mai 2008.

Caroline Touzin LA PRESSE

Le policier a réussi à lui soutirer ces aveux après trois heures d'interrogatoire où il a fait éclater en larmes l'accusé à plusieurs reprises. Proulx a pleuré chaque fois que l'enquêteur Michel Comeau lui a rappelé son enfance difficile. Mais dès que ce dernier abordait le sujet du meurtre, l'accusé, les bras croisés, se refermait comme une huître. Jusqu'au moment où une question de l'enquêteur concernant des menottes retrouvées sur les lieux du crime a piqué sa curiosité.

 

Les jurés ont commencé à visionner l'enregistrement vidéo de cet interrogatoire, hier, au procès de Proulx, accusé du meurtre prémédité de Nancy Michaud, au palais de justice de Québec. Assis dans le box des accusés, Proulx a craqué pour la première fois depuis le début du procès. Il a sangloté aux mêmes endroits où on le voyait s'effondrer dans la vidéo.

Pour le mettre en confiance, l'enquêteur a d'abord confié à Proulx qu'«avec un passé comme le sien», lui aussi serait assis à sa place aujourd'hui. Le policier lui a résumé sa vie: famille éclatée, souffre-douleur à l'école primaire, mère témoin de Jéhovah qui le forçait à apprendre la Bible par coeur, père absent, santé fragile, un patron à l'usine qui lui marchait sur la tête, jamais eu de blonde, problème de jeu compulsif, nombreuses dettes.

«Le bon Francis Proulx est pu capable. Le mauvais lui a fait faire des affaires. Le bon, il le regrette. Tu as été poussé. La valve vient de péter», lui a expliqué le policier. Ce dernier l'a comparé «à un petit arbre qui pousse tout croche dans la gravelle». Un arbre qui n'a pas reçu de soins. Un «arbre qui a pété (brisé)» le soir du meurtre. «Moi, j'en ai arraché toute ma vie pour en arriver là», a convenu l'accusé.

Proulx s'est longuement confié au policier sur sa mère «folle» qui s'est «fait laver le cerveau» par les témoins de Jéhovah. Sur les nombreux membres de sa famille «dépressifs», comme lui d'ailleurs. Et sur son oncle à qui il «donnerait des claques s'a yeule» tellement il le déteste, puisqu'il l'empêche de vivre avec sa grand-mère. Cette dernière, âgée de 75 ans, est «la personne la plus importante pour lui sur la Terre», l'une de ses rares amies.

Le policier a saisi cette perche en lui répliquant que sa grand-mère était triste de son arrestation. «Elle voudrait comprendre ce qui s'est passé», a-t-il insisté. «Dis-moi que tu ne voulais pas faire de peine aux enfants (de la victime)», a ajouté le policier. Sans obtenir de réponse. L'enquêteur a ouvert une première brèche en lui demandant s'il voulait «reculer l'horloge d'une semaine». «Peut-être», a répondu Proulx. L'accusé a précisé que Nancy Michaud ne lui avait «jamais rien fait». Leur vie respective, «c'est le jour et la nuit», a ajouté l'accusé de 29 ans.

«Comme ça, vous avez trouvé Nancy?»

Vers 23h30, l'enquêteur lui a mentionné qu'il savait qu'il avait acheté des menottes quelques jours avant le meurtre. «Je peux te poser une question? l'a interrompu Proulx. L'histoire des menottes, comment tu l'as sue?» Le policier lui a répondu qu'il avait trouvé le reçu de caisse de ses achats dans un bois. «Je ne me rappelle pas où je l'avais mis. Comme ça vous avez trouvé Nancy?» a laissé tomber Proulx en s'enquérant ensuite de l'endroit où les policiers avaient trouvé le corps. «Ben oui, c'est moi», a-t-il poursuivi.

Le juge Jacques Lévesque a ajourné l'audience à la suite de cette réponse, hier.

Longue journée pour Proulx

Dans la matinée du 18 mai, Proulx a accepté de quitter Rivière-Ouelle vers Québec à bord d'un véhicule de police de la Sûreté du Québec pour subir le test du polygraphe. À ce moment-là, il était considéré comme un suspect. Lors du test, il a nié sa culpabilité, invoquant la thèse de l'«enlèvement politique», puisque la victime travaillait pour le ministre Claude Béchard.

Plus le test progressait, plus Proulx respirait difficilement, l'air tendu. Il a dit craindre d'échouer à cause de son hypotension. «J'espère que j'ai dit la vérité», dira-t-il lorsque le test prendra fin à 15h. À 16h30, le polygraphiste lui a annoncé que son statut venait de changer. Nancy Michaud avait été trouvée sans vie dans le sous-sol d'une maison abandonnée de Rivière-Ouelle, petit village du Bas-Saint-Laurent. Et c'est lui qui était accusé d'introduction par effraction, de vol qualifié, d'enlèvement, de séquestration et de meurtre. À cette annonce, Proulx est resté impassible.

L'accusé a ensuite passé un peu plus d'une heure dans une cellule transitoire du QG de la police, où, sans le savoir, il était en présence d'un faux prisonnier, un policier infiltré. Proulx a été amené dans la salle d'interrogatoire vers 20h, où l'enquêteur Comeau le fera poireauter pendant une heure. Puis le policier le cuisinera habilement jusqu'à 1h24 du matin, en sortant et rentrant à plusieurs reprises.

Le procès reprend mardi avec la suite du visionnement de l'interrogatoire policier.